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Edward Munch

Edvard Munch ou l'anti-Cri à la Pinacothèque

Edvard Munch, Nuit d'hiver, 1923, Collection européenne

Edvard Munch, Nuit d'hiver, 1923, Collection européenne

(c) The Munch Museum / The Munch Ellingsen Group / ADAGP Paris 2010
Le peintre et graveur norvégien Edvard Munch est exposé à la Pinacothèque de Paris jusqu'au 8 août 2010

Peu exposé en France, Edvard Munch (1863-1944), précurseur de l'expressionnisme, est surtout connu pour Le Cri, d'autant plus célèbre après un vol rocambolesque.

La Pinacothèque a voulu présenter son oeuvre, au-delà de cette toile qu'elle ne considère pas représentative, en exposant essentiellement des oeuvres issues de collections privées.

Edvard Munch, qui grandit à Christiania (ancien nom d'Oslo), sera fondamentalement marqué par une histoire familiale dramatique. Sa mère meurt de tuberculose alors qu'il n'a que cinq ans. La maladie emporte ensuite sa grande soeur, sa petite soeur sombre dans la dépression et son père, médecin militaire, se réfugie dans la religion.

Edvard Munch, Femme au chapeau rouge sur le fjord, 1891 (c) The Munch Museum / The Munch Ellingsen Group / ADAGP, Paris 2010A ses débuts, la peinture de Munch est marquée par l'influence des naturalistes norvégiens. Il peint des paysages où il tente de reproduire fidèlement la nature. Mais, rapidement, dès la fin des années 1880, ses paysages se veulent un espace où se projettent les sentiments et les émotions. "On ne devrait plus peindre d’intérieurs, des gens en train de lire, des femmes à leur tricot. On devrait peindre des êtres qui respirent, sentent, souffrent et aiment", dit l'artiste.

Le thème de l'enfant malade, en souvenir de sa soeur, est un thème fondateur de son oeuvre. Il y travaille longtemps afin de s'éloigner du naturalisme et parvenir à exprimer la douleur dans un tableau.

Une série de thèmes reviennent régulièrement dans l'oeuvre de Munch: la difficulté des relations amoureuses, l'attirance, la jalousie, la relation à trois, la solitude et la mélancolie, le vampirisme en amour. Un homme et une femme qui regardent la mer, bien que côte à côte, semblent seuls au monde (Les Solitaires), une femme plante ses crocs dans le cou de son amant (Vampire), un homme sous un joug regarde une femme nue offerte (Le Joug). Les femmes semblent lointaines près de leur amant (Baiser sur les cheveux).

Edvard Munch, Baiser sur les cheveux, 1915, Collection particulière (c) The Munch Museum / The Munch Ellingsen Group / ADAGP, Paris 2010En 1892, une exposition de Munch à Berlin fait scandale: la presse juge les oeuvres "laides" et "inachevées". L'exposition ferme avant l'heure mais, paradoxalement, contribue à la notoriété de l'artiste, en Allemagne notamment.

Au milieu des années 1890, Munch se consacre beaucoup à la gravure, notamment lors d'un séjour à Paris. Il reprend dans ses lithographies les thèmes de ses peintures. Une femme nue, assise, tient un coeur dans ses mains qu'elle regarde (La Femme et le coeur), un homme hagard au premier plan se tient devant un couple en fond (Jalousie, II), les cheveux d'une femme viennent enserrer son amant (Attraction ILes SolitairesVampireBaiser sur les cheveuxLa Femme et le coeurJalousie, IAttraction).

Au tournant du siècle, l'artiste revient à la peinture, son style change et s'affirme: il se met à utiliser des lignes sinueuses qui dessinent des formes plus stylisées, des couleurs en aplat plus ou moins vives qui font disparaître le volume. De retour en Norvège, Munch peint des paysages, sa Maison rouge est plantée dans un décor d'arbres et de nuages qui bougent, le Rivage, qui fuit en diagonale vers le fond du tableau, est léché par des vagues ondoyantes. Il peint d'étonnants Garçons nus sur la plage, à larges touches.

Munch vit une relation tourmentée avec Tulla Larsen, fille d'un riche négociant. Craignant de transmettre à une nouvelle génération la maladie et la folie qui a frappé sa famille, il ne veut pas se marier. Il souffre par ailleurs d'un problème d'alcoolisme. Il vivra de plus en plus seul, en Norvège, au bord de la mer, où il expose ses oeuvres aux intempéries, introduisant le hasard dans ses oeuvres. Il s'intéresse aussi à la photo et au mouvement.

Les dernières années, Munch réalise de nombreux portraits peints, ainsi que de grandes gravures sur bois, ou de petites lignes font vibrer l'image.

 Le Cri ou pas Le Cri ?
Le Cri d'Edvard Munch, exposé au Musée Munch d'Oslo, après avoir été volé et être réapparu - AFP / Solum, Stian LysbergL'exposition se veut une exposition de l'autre Munch, en opposition au Cri, le tableau le plus célèbre du peintre norvégien. Evidemment, donc, on ne voit pas Le Cri à la Pinacothèque.

Le Cri, dont il existe plusieurs versions, correspond à un "moment d'angoisse vécu à un instant T" par le peintre, considère Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque. Munch a raconté comment lors d'une promenade, il a eu l'impression que le ciel devenait rouge sang alors qu'il entendait une sorte de cri infini. "Mais dans l'ensemble de son oeuvre, Munch n'est pas dans le  délire. C'est un peintre d'avant-garde, qui utilise la photo, la cinétique, le cinéma", souligne Marc Restellini.

Un vol rocambolesque a encore accru la notoriété du Cri. Le tableau a été dérobé, ainsi que La Madone, un autre chef-d'oeuvre de Munch, le 22  août 2004 au musée Munch d'Oslo. Deux hommes armés et encagoulés ont fait irruption en plein jour dans  l'établissement, se sont emparés des deux tableaux et ont pris la fuite. Les deux oeuvres ont été retrouvées le 31 août 2006 dans des  circonstances mystérieuses. Deux hommes ont été condamnés dans cette affaire et un troisième devrait être rejugé.

 

Edvard Munch

À la Pinacothèque de Paris, du 19 février 2010 au 08 août 2010

ou l'Anti-Cri

 

L’homme que nous vous présentons aujourd’hui n’est pas celui que vous croyez.

 

Edvard Munch (1863-1944) est connu exclusivement pour une seule œuvre : le Cri. Travail certes emblématique, mais si peu représentatif de l’ensemble de  son œuvre. La notoriété exagérée de ce tableau a eu pour conséquence d’occulter la réelle dimension et le vrai message de l’artiste.

 

Il est étonnant de constater si tôt dans l’histoire de l’art un artiste se détacher de toutes les conventions auxquelles nous avaient habitué les artistes et les mouvements précédents. Il est prodigieux de remarquer dès les années 1880 Munch s’attaquer aux couches de couleur, de le voir véritablement labourer la surface picturale ou encore laisser son œuvre sous la pluie et la neige, transférer des photographies et des films muets à l’intérieur de ses toiles et de ses œuvres graphiques.
Surprenant encore la transgression avec laquelle il supprime les frontières entre les supports et les techniques, dans ses gravures, dessins, peintures, sculptures, collages, photographies et films. Il s’inscrit dans la lignée de William Turner et de Gustave Courbet, il est le chaînon manquant entre les artistes tels que Pablo Picasso, Georges Braque, Jean Dubuffet et Jackson Pollock dans l’histoire du modernisme. Véritable innovateur dans l’apport de la cinétique dans l’art, cette exposition révèle un modèle en termes d’avant-garde et de rupture avec les modèles antérieurs. Il laisse une œuvre bouleversante d’une force incom- parable.

 

Commissaire de l'exposition : Dieter Buchhart

 

Edvard Munch

L'Oeil moderne

Présentation de l'exposition,
par Angela Lampe et Clément Chéroux, conservateurs au musée national d'art moderne.

Edvard Munch est parfois considéré comme un artiste du 19e siècle, un peintre symboliste ou pré-expressionniste. Une idée reçue en fait aussi un artiste reclus, en proie à de violentes angoisses, dépressif, une âme tourmentée. L'exposition montre, à rebours de cette mythologie, que Munch était ouvert aux débats esthétiques de son temps, et qu'il a entretenu un dialogue constant avec les formes de représentation les plus contemporaines : la photographie, le cinéma et le théâtre de son époque. Il ira jusqu'à faire lui-même l'expérience de la photographie et du film, osant des autoportraits qu'il est sans doute le premier à avoir réalisés, à bout portant, en tenant l'appareil d'une main : « J'ai beaucoup appris de la photographie, déclare-t-il. J'ai une vieille boîte avec laquelle j'ai pris d'innombrables photos de moi-même. Cela donne souvent d'étonnants résultats. Un jour lorsque je serai vieux, et n'aurai rien d'autre de mieux à faire que d'écrire mon autobiographie, alors tous mes autoportraits ressortiront au grand jour. » (Edvard Munch, interviewé par Hans Tørsleff, 1930)

Munch était pleinement « moderne », c'est la thèse que défend cette exposition que lui consacre le Centre Pompidou, avec cent quarante oeuvres, dont une soixantaine de peintures, cinquante photographies en tirages d'époque, des oeuvres sur papier, des films et l'une des rares sculptures de l'artiste. À travers neuf thèmes, elle présente un ensemble comme il a rarement été possible d'en voir, associé à ses expérimentations photographiques et filmiques.

 

Visite en neuf points :

REPRISES
Variantes, copies, autant de termes qui pointent un aspect essentiel dans l'oeuvre de Munch, c'est-à-dire la répétition d'un même motif. Décontextualisé, il s'apparente alors à un signe autonome. Il existe, par exemple, sept versions des Jeunes Filles sur le pont, sans compter les adaptations graphiques. Quelques chefs-d'oeuvre de sa période symboliste dialoguent aussi avec leurs reprises tardives, peintes souvent dans un style plus expressif où le contour se dissout et où la couleur s'intensifie.

PHOTOGRAPHIES
Comme les peintres Pierre Bonnard et Édouard Vuillard, Edvard Munch fait partie d'une génération qui, au tout début du 20e siècle, s'empare de la photographie, en amateur. Sa pratique photographique est centrée sur l'autoportrait. En dehors de quelques images d'espaces liées à ses souvenirs, l'artiste se photographie principalement pour se dévisager. Ses autoportraits photographiques trouvent ici leur vraie valeur, celle d'expérimentations visuelles.

L'ESPACE OPTIQUE
Munch traite de l'espace de façon très singulière : il fait souvent référence, dans son utilisation de premiers plans proéminents ou de lignes diagonales très prononcées, aux nouvelles technologies visuelles comme la photographie en relief ou le cinéma, dans leur capacité à produire des images qui sortent de l'écran pour avancer vers le spectateur.

EN SCÈNE
Depuis ses premiers portraits en pied, Munch s'intéresse à la frontalité des modèles qui posent comme des statues, dans une attitude hiératique et figée. Inspiré par les innovations de Max Reinhardt, fondateur des Berliner Kammerspiele, le peintre accentue sa façon d'inclure le spectateur dans l'espace du tableau. La série La Chambre verte, conçue comme une boîte ouverte, en témoigne. Munch ne reste pas insensible aux nouveaux effets visuels introduits par l'éclairage électrique sur les scènes des théâtres.

REMÉMORATION
La reprise de certains motifs, resserrée sur une période très courte, touche parfois pour Edvard Munch à l'obsession. La première sensation vécue s'imprime sur la rétine comme une image indélébile qui hante l'artiste. Il s'agit en l'occurrence de la rencontre avec le modèle Rosa Meissner en 1907 qui, sous les traits d'une Femme en larmes, apparaît sur une photographie et de nombreuses peintures, dessins, gravures et lithographies. Le peintre lui dédie même une de ses rares sculptures en bronze. Munch cherche à se rapprocher de son souvenir de toutes les façons possibles.

DÉMATÉRIALISATION
La dualité entre matérialité et immatérialité, une oscillation entre présence et effacement constitue un autre thème central dans l'oeuvre d'Edvard Munch. À l'instar de ses photographies, plusieurs de ses peintures les plus importantes, comme Le Soleil et La Nuit étoilée, jouent sur des phénomènes de transparence où la matière se mue en une présence fantomatique et éphémère. De la même manière, la surimpression de motifs peints évoque avec leur effet « bougé » les expérimentations sur Celluloïd, par la photographie et par le film. La dissolution des formes progresse sur certaines toiles, annonçant le tachisme d'après-guerre.

FILM
Lors de l'été 1927, peu après l'acquisition à Paris d'une caméra amateur et d'un projecteur, Munch filme à Dresde, Oslo et Aker. On retrouve, dans ces quatre courtes séquences, son intérêt pour la ville et sa circulation autant que pour les paysages, les portraits de ses proches et même l'autoportrait. Il adopte pour ces images un mode filmique très « gestuel », à l'opposé de l'immobilité préconisée dans la photographie amateur, en suivant des objets mobiles ou en réalisant des panoramiques urbains. Ses films s'apparentent davantage à des notes visuelles.

LE MONDE RÉEL
Edvard Munch n'est pas uniquement le peintre de l'angoisse intérieure. Grand lecteur de la presse nationale et internationale, il était aussi inscrit dans l'actualité de son temps et tourné vers l'extérieur. Une grande part de son oeuvre s'appuie sur les motifs croqués sur le vif. Beaucoup de
ses tableaux sont inspirés de scènes saisies dans la rue, d'incidents rapportés par la presse ou la radio. Il raconte des histoires en séquences, un mode très moderne qui n'est pas étranger au traitement du fait divers.

LE REGARD RETOURNÉ
Depuis ses premières années jusqu'à ses dernières oeuvres, l'artiste n'a cessé de scruter son propre visage, d'observer les effets du passage du temps sur son corps et ses sens à travers ses autoportraits. Dans les années 1930, lorsqu'il est atteint d'une maladie de l'oeil – une hémorragie provoque une brusque perte de vision à droite – il peint et note au jour le jour les effets de cette dégénérescence. Sa dernière oeuvre – présentée dans l'exposition – est un autoportrait.

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : Dimanche 29 Janvier 2012

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