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Michel Petrucciani

 

  • Michel Petrucciani dans Michel Petrucciani

Son histoire

Qui ne se souvient pas de ce petit homme en smoking, pianiste de jazz virtuose, dont les doigts couraient sur le clavier avec une dextérité d'autant plus impressionnante étant donné sa petite stature ?

malgré une maladie très invalidante, michel petrucciani compte parmi les

Malgré une maladie très invalidante, Michel Petrucciani compte parmi les virtuoses du piano.

 

Lorsqu'il naît en 1962, dans cette famille de musiciens franco-italiens, ses parents se rendent vite compte que Michel a un problème de santé : il ne grandit pas assez vite, est chétif, ses os se brisent incroyablement facilement. Il est atteint d'ostéogénèse imparfaite. Cette maladie entraîne de fréquentes fractures, une fragilité pulmonaire et, dans le cas de Michel Petrucciani, une toute petite taille. Seules ses mains ont la taille de celles d'un adulte, ce qui lui permet donc de développer son talent pour le piano.

En effet, dès son plus jeune âge, Michel se révèle très doué pour la musique comme, du reste, l'ensemble de la famille. Il se tourne vers le piano, suit une formation classique et donne son premier concert professionnel à l'âge de... 13 ans. Mais c'est pour le jazz que le cœur du jeune homme bas et c'est dans ce style qu'il va très vite s'illustrer.

Sa maladie ne l'empêche donc pas de devenir un jeune prodige. Mais elle lui complique sacrément la vie : trop petites, ses jambes ne peuvent pas atteindre les pédales du piano, il lui faut donc adapter l'instrument. Parfois, il est si faible que sa famille doit le porter jusqu'au piano avant le concert et le remmener en coulisse ensuite. Michel Petrucciani aime toutefois à raconter qu'au début de sa carrière, sa petite taille l'a parfois aidé. Ainsi, lorsque les cachets étaient encore maigres, son père le cachait dans une valise pour ne pas avoir à payer une place supplémentaire à l'hôtel ! A 18 ans, déjà célèbre et admiré aussi bien de ses pairs que du grand public, il part vivre aux Etats-Unis, où il continuera de briller dans le milieu du jazz.

Malade, physiquement très diminué, le pianiste virtuose finit par s'éteindre en 1999, à l'âge de 36 ans, terrassé par une infection pulmonaire.

L'ostéogénèse imparfaite, qu'est-ce que c'est ?

Il s'agit d'une maladie génétique très rare. La mutation d'un gène entraîne une production de collagène non-conforme. Or il s'agit de la principale protéine fibreuse de l'os. Le squelette des personnes malades est donc beaucoup plus fragile que la moyenne. D'ailleurs, l'ostéogénèse imparfaite est également connue sous le nom de maladie des os de verre. Le collagène étant également présent dans les tendons, le blanc de l'œil ou encore les dents, des conséquences peuvent également se faire sentir à ces niveaux. La fréquence de l'ostéogénèse imparfaite est estimée à un cas pour 10 000 naissances. Chaque année en France, quelque 80 enfants naissent atteints de cette maladie.

Comment sa maladie a influencé sa vie d'artiste

Très diminué physiquement, Michel Petrucciani confessait parfois avoir trouvé, dans son adolescence, certains avantages à ne pas pouvoir se mouvoir comme ses camarades. Il était ainsi dispensé d'activités physiques et pouvait se consacrer pleinement à l'étude du piano.

Evidemment, sa maladie était avant tout une grande souffrance, qu'il surmonta la plupart du temps pour donner ses concerts. Sa passion pour la musique semble l'avoir maintenu en vie.

Ce qu'il a changé pour les malades

Par le simple fait d'avoir bâti une carrière hors du commun, malgré sa maladie, Michel Petrucciani a probablement prouvé à nombre de personnes physiquement handicapées qu'elles avaient la même possibilité que n'importe qui de s'épanouir dans une passion et même d'y exceller. Il est parvenu à faire passer sa maladie au second plan aux yeux du monde entier.

Plus petit que le piano, plus grand que la musique

 

Petrucciani

Mon premier souvenir de Michel Petrucciani fut cette arrivée à La Halle Aux Grains sur l’épaule d’Aldo Romano. Et Michel, ce merveilleux oiseau des îles ainsi déposé parmi nous, immédiatement commença à chanter. Oiseau mortel de nos âmes, il répandait le bonheur en musique, immense tout à coup. Plus tard à la Salle Nougaro j’ai entendu ses rires et ses joies d’enfant quand justement son fils en coulisses gazouillait, et quand il le montra sur scène comme le plus beau fruit de sa musique Lui dont la survie permanente était un miracle, brandissait son espérance contre la mort, un étendard contre le néant.

 Volubile comme tout bon enfant d’ORANGE, méridional jusqu’à l’excès, doté d’une énergie volée au soleil des jours et du midi dans une recherche éperdue du bonheur, il aura joué à cache-cache entre la douleur et comptant au pied de l’arbre des touches du piano. Aimant la fête il prenait la vie de vitesse. Pianiste célèbre, plus que Martial Solal hélas, il aura seulement passé 36 ans à ne plus grandir que dans nos mémoires. Vif comme un écureuil, généreux au-delà des normes humaines, porté par son amour à pleines dents pour la vie, il aura été contesté par les puristes et adoré par le grand public. Il voulait être compris et surtout donner du bonheur à ceux qui l’écoutaient. Fier d’avoir un public de concert classique lors de Piano aux Jacobins, il en faisait des tonnes, pour dire « c’est moi ». Partage plus qu’égoïsme : « Il est capital pour moi de donner, passer cette générosité qui est indispensable dans l'art, la musique et la vie". En solo, il se laissait emporter, il se faisait débordement par toutes ses écoutilles. Avec ses os en cristal, il taillait des bouteilles à la mer, souvent brusquement grave, immédiatement après loufoque et grossier et toujours la larme si près de l’œil.

 Lui parler était fort simple, à condition absolue de ne jamais s’apitoyer sur lui et sur le monde, et de louer virilement la beauté des femmes et du vin. Pudeur de l’impudeur, il balayait avec ses immenses pognes les miettes de la douleur, et caressait jusqu’aux spasmes les touches du piano. Quand la phase troublante de son installation était passée entre gêne et pitié des autres, avec leur regard obscène de voyeur, il s’empoignait dans un beau combat corps à corps avec l’ivoire des notes.

Plus que tous les autres, sa famille adorée, les femmes aimées, le piano était son royaume, sa transfiguration. Lui qui n’aura appris la musique qu’à l’oreille, « qu’à coups de pied aux fesses » en se confrontant aux autres, aura été une fontaine publique de village de la musique. Elle sortait de lui déhanchée et intarissable, vitale et limpide. Fouettée par le swing, et refusant les laisser-aller, sa musique était son combat.

  petrucciani

 Une de ses confidences troublantes, citée par Pascal Anquetil était : « Je me souviens, à l'âge de huit ans, avoir dit à mon père en pleurant : Je n’arrête pas d'entendre de la musique en moi. Comme une radio sans fin. Je vivais alors un vrai cauchemar. Mon père m'a simplement dit : C'est bien. Profite de ce don ».

Son piano était un tambour vers les autres, un feu de camp pour éloigner les mauvaises ombres. Il se savait en sursis alors il s’est consumé entièrement dans la musique qui hantait sa tête et ses doigts. Il l’aura voulu intense et urgente. Ses amis musiciens comptaient tant pour lui, par exemple il voulait tous nous convaincre du génie de Frank Avitabile, Di Battista ou autres, et ne parlait que de Charles Lloyd qu’il avait réussi à faire sortir de sa tanière, de Wayne Shorter et surtout d’Eddy Louis. Il a eu plusieurs vies, depuis celle dans sa famille où l’on baignait dans la musique comme dans une bonne soupe, du père aux deux frères, saoulés aux sources chaudes des racines italiennes.
Mais celle qui le marquera au fer rouge des jours, sera la vie dans l’éducation de la dignité et du travail. Se contraindre, se dépasser pour savoir vivre « à la dure », lui le cristal qui songe et qui vibre ! « Michel ! viens jouer pour le monsieur ! » : j’ai entendu ça toute ma jeunesse. », dira–il encore blessé.

Lassé de ce rôle de bête de cirque, il aura pour devise « Moins, c’est toujours plus ! » Homme en verre, protégé il se fera homme en s’enfuyant à Californie pour échapper à la fois aux hôpitaux et à la tendresse épuisante des autres qui l’infantilisait.

Là il pourra tout expérimenter, et voyager avec les amarres du piano pour le ramener à terre. Devenu autant américain que français, mais toujours du Vaucluse, il fera une carrière, mêlant jazz commercial et fulgurances. Mais peut-on juger une telle gentillesse, un tel amour des gens, des choses qui font un destin, et du piano qui le contient tout entier ?.

Michel ramait vers le bonheur et ce n’est pas seulement le musicien qui me reste, mais ce père de famille ayant fait un bras d’honneur à la charogne, ivre de vie et d’espoir.

Sa main lourde s’est maintenant posée sur le front de la nuit, elle ne s’endort plus sans lui.

Gil Pressnitzer

 Discographie

 Petrucciani

Oracle's destiny (1982)
100 hearts (1983)

Note'n notes (solo) (1984)
Darn that dream (1985)
Cold blues (1985)
Pianism (1985)
Michel plays Petrucciani (1987)
Music (1989)
Playground (1991)
Marvellous (1994)
Flamingo (avec Stéphane Grappelli) (1995)
Both worlds (1997)
Live at the Village Vanguard (1984)
Power of three (1986)
Live (1994, enregistré en 1991)
Conférence de presse (avec Eddy Louiss) (1994)
Conférence de presse, vol. 2 (avec Eddy Louiss) (1995)
Au théâtre des Champs-Elysées (1995)
Solo live (1998)
Concerts inédits (1999)
Trio in Tokyo (1999, enregistré en 1997)
Dreyfus night (2003, enregistré en 1994)
Piano solo - The complete live in Germany (2007)

petrucciani


Ce géant du jazz haut de 99 cm !

Michel Petrucciani a été emporté à l’âge de 36 ans. Le pianiste était atteint de la maladie des os de verre.<br />
Michel Petrucciani a été emporté à l’âge de 36 ans. Le pianiste était atteint de la maladie des os de verre.
«Qui est handicapé? Vous ou moi?», interroge Michel Petrucciani au cours d'une des toutes premières entrevues de ce documentaire. Et de poursuivre: «Je suis différent, mais tout va bien.»
Michel Petrucciani

Un documentaire sur la vie fascinante et tragique du pianiste, mort en 1999 à l'âge de 37 ans. Certains titres de film ont l'avantage de la simplicité. Ce qui emporte celui-ci, c'est le portrait, d'un excellent pianiste de jazz sans doute, mais plus encore d'un homme hors du commun. Rien n'était pourtant gagné d'avance, s'agissant de gagner la sympathie d'un public plus large que celui des fondus de jazz. L'auteur ? Michael Radford, un réalisateur de fiction anglais (Le Facteur, 1994) qui ne connaissait pas, de son propre aveu, la première note de musique de son sujet avant que le film ne lui soit commandé par ses producteurs.

Michel Petrucciani

 

Michel Petrucciani

 

 

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Date de dernière mise à jour : Dimanche 29 Janvier 2012

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