
1. Auvage céline Le Dimanche 20 Mai 2012
MERCI...!!! Merci pour ce partage...!! Je suis tombée sur votre blog,vraiment par hasard... Je n'ai ...
2. julia Le Dimanche 06 Mai 2012
Merci a vous! bonheur a votre petits ange!
3. Gisèle Le Jeudi 03 Mai 2012
Bonjour Chantal, Didier Un petit coucou pour vous dire que nous pensons à vous et à nos deux anges ...
Vincent VAN GOGH (1853-1890)
L'AUTODIDACTE C'est seulement en août 1880 à l'âge de 27 ans, que Vincent décida de devenir peintre. Vincent Van Gogh est un peintre largement autodidacte. De retour chez ses parents à Etten, il les quitte après une dispute avec son père, à Noël, pour aller étudier à La Haye auprès de son cousin par alliance, le célèbre peintre Anton MAUVE. Celui-ci lui donnera des cours de dessin, et dirigera ses premières peintures qui datent de l'été 1882. Mauve et ses amis se détournèrent de Vincent lorsqu'il voulut se mettre en ménage puis épouser une mère célibataire, Sien Hoornik, qu'il avait engagée comme modèle. Il ne put dès lors compter que sur l'aide matérielle et morale de son frère Théo, et, après un bref séjour à Drenthe en septembre 1883, la solitude le pousse à retourner en décembre 1883 chez ses parents, désormais installés à Nuenen (dans le Brabant, près d'Eindhoven), deux ans après les avoir quittés.
A Nuenen, ses rapports avec sa famille s'améliorent et Vincent commence à y peindre ses premières oeuvres autour du thème de la vie populaire, réalisant de nombreuses études de tisserands, portraits de paysans, dans des tons sombres et lourds, comme la terre qu'ils labourent.
Après le décès de son père en mars 1885, cherchant à vivre de sa peinture, il quitte Nuenen et la Hollande (il n'y reviendra jamais) en novembre 1885 pour Anvers. Mais le marché de l'art y étant en récession et l'originalité de sa technique heurtant les vues des professeurs de l'académie locale, il partira en mars 1886 retrouver son frère Théo à Paris. Ces mois passés à Anvers, avec ses musées et ses monuments historiques, furent pour Van Gogh une source de stimuli très forts. Il y étudia un temps à l'école des beaux-arts, y admira les oeuvres de Peter Paul RUBENS et y apprit aussi à aimer les estampes japonaises qui allaient tant l'influencer à Paris.
Van Gogh allait s'adapter très vite à Paris, se liant d'amitié avec de nombreux impressionnistes, lesquels pratiquaient pourtant une peinture d'avant-garde bien différente de la sienne, allant même jusqu'à adopter, au moins provisoirement, certaines de leurs façons. Il étudia 3 mois dans l'atelier du peintre Fernand CORMON, dessinant sans relâche à partir de modèles ou plâtres, qu'il finit par quitter faute d'y trouver ce qu'il cherchait, pour travailler à nouveau seul. Il s'y fit toutefois de véritables amis, Emile BERNARD et Henri de TOULOUSE-LAUTREC, qui lui fit découvrir la vie nocturne de Montmartre. Le mouvement artistique des impressionnistes commençait tout juste à être apprécié à l'arrivée de Van Gogh à Paris, et il s'interessa particulièrement à la recherche des néo-impressionnistes pointillistes Georges SEURAT et Paul SIGNAC sur la division du spectre de la lumière. Van Gogh reprit sa technique, étudiant l'impression optique laissée par de petites touches de couleurs primaires (le rouge, le bleu et le jaune) et complémentaires (le violet, l'orange et le vert).
Van Gogh fut aussi sensible au courant du synthétisme de GAUGUIN, tendant vers une certaine abstraction et stylisation où les formes des objets sont obtenues à l'aide de zones colorées délimitées avec précision.
Paris découvrait avec enthousiasme les estampes japonaises, et Van Gogh qui les collectionnait tenta de saisir dans plusieurs toiles les principes qui leur étaient sous-jacents : stylisé du tracé, zones de couleur pure, beauté de la nature "Portrait du père Tanguy" (1887). La plupart des oeuvres de cette époque ne portent pas l'empreinte typique de Van Gogh, comme s'il devait poursuivre ses recherches sans essayer d'exprimer ses propres visions et qu'il "n'arriverait à rien avant d'avoir travaillé sur au moins deux cents toiles". Venu à Paris dans l'espoir d'être mieux connu des milieux artistiques, et de vendre ses toiles, Van Gogh dut, comme beaucoup de ses amis impressionnistes, exposer dans la vitrine de salles de café ou de magasins. Officiellement, Van Gogh ne vendit de son vivant, en tout et pour tout, que deux tableaux, et ce par l'intermédiaire de Théo. Finalement, Van Gogh, fatigué, dépressif, souhaita quitter l'agitation de Paris, ses hivers rigoureux, pour le sud de la France où il emportait avec lui l'espoir de fonder une communauté d'artistes, un nouvel "Atelier du Midi"
ARLES Lors de son séjour à Arles, de son arrivée le 20 février 1888, à son départ pour l'asile de Saint-Rémy le 8 mai 1889, Van Gogh allait exécuter quelque 200 toiles, plus d'une centaine de dessins, et écrire plus de 200 lettres.
Van Gogh travaille avec frénésie, peignant son nouvel univers avec une vivacité de couleurs et une gaieté sans précédent dans sa carrière, sans perdre de temps à la recherche de nouveaux motifs. Il visite peu les régions avoisinantes, sauf à aller aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour voir la Méditerrannée, du 30 mai au 3 juin, bref séjour dont il tirera plusieurs toiles magnifiques et qui le confortent dans l'idée de continuer à peindre dans le midi.
L'arrivée de GAUGUIN à Arles le 23 octobre 1888 devait encore accélérer la vie de Van Gogh, tout en contribuant à améliorer sa santé. Il était heureux, avant que les deux hommes ne s'opposent sur leur façon de travailler, et ce qu'il devait appeler, "la catastrophe", dans la journée du 23 décembre, qui vit Van Gogh menacer Gauguin avec un rasoir, avant de se mutiler partiellement l'oreille droite.
Il devait retourner à l'hopital début février, se plaignant d'entendre des voix. Des voisins envoyèrent une pétition pour que le peintre fut interné. Le peintre SIGNAC put lui rendre visite et le trouva tout à fait lucide et en très bonne santé. Après s'être installé chez le Dr REY, il décida de se faire soigner et entra le 8 mai 1889 à l'asile de Saint-Rémy, accompagné du révérend SALLES.
SAINT-REMY, une nouvelle énergie Une semaine après son entrée, Vincent fut autorisé à peindre, on lui trouva même une chambre faisant office d'atelier.
L'asile fournit aussi à Van Gogh de nombreux sujets de peinture , "Arbres devant l'hospice Saint-Paul", "Jardin de l'Hospice à Saint-Paul" (1889)... Il peint aussi beaucoup d'après des gravures et reproductions "La ronde des prisonniers" (d'après Gustave DORE), "La sieste" (d'après MILLET) (1890). Vincent envoie régulièrement des toiles à Théo, en prenant soin d'effectuer des copies des oeuvres qu'il considère les mieux réussies, pour garder une trace de son évolution et pour les montrer à sa famille. "Iris" et "Nuit étoilée" seront exposées au 5ième Salon des Indépendants en septembre 1889, puis 10 de ses toiles au Salon de 1890, ainsi que 5 à l'Exposition annuelle des vingt à Bruxelles. La réaction très positive d'artistes comme MONET et PISSARRO, ainsi que du critique Albert AURIER encouragèrent beaucoup Vincent et Théo. Vincent qui oscillait entre des périodes très productives et des moments de désespoir, en était venu à penser qu'il était parvenu à créer une oeuvre de valeur... avant de douter encore : "mon travail pendant ces dix ans se résume à de pitoyables études, des échecs". Après plusieurs "attaques", Van Gogh sentit qu'il lui fallait quitter l'asile. Le 16 mai, il partit pour Paris, où il ne resta que quelques jours chez son frère, avant de partir le 2O mai, ne supportant plus le bruit et l'agitation de la ville, pour Auvers où il se confia au Dr GACHET, l'ami des peintres.
AUVERS A une quarantaine de Kilomètres au nord de Paris, Auvers était devenu un des endroits favoris de nombreux artistes (Cézanne, Pissarro, Sisley, Monet), et Van Gogh fut séduit par son caractère rustique et pittoresque. Il commença très vite une série sur les maisons aux toits de chaume, les rues du village et son église, "Les chaumières" (22 mai), "l'Eglise d'Auvers" (début juin), "Rue d'Auvers" . Décrivant son tableau "L'Eglise", Van Gogh écrit : "c'est une fois de plus presque la même chose que les études que j'ai faites de la vieille tour et du cimetière de Nuenen, mais les couleurs sont probablement ici plus expressives et plus fortes". Cette phrase montre que l'artiste perçoit son oeuvre dans sa totalité. Van Gogh aura toute sa courte vie de peintre traité les mêmes thèmes, cherchant toujours à progresser en faisant évoluer son style, ses couleurs.
Les circonstances exactes de son suicide le dimanche 27 juillet 1890 au soir restent mystérieuses. Il se tira une balle de revolver, réussit à se relever, mais ne décéda que le 29 juillet. Pendant son bref séjour à Auvers, moins de deux mois, il avait peint 70 toiles témoignant de la force d'âme et de la détermination avec lesquelles l'artiste avait poursuivi son but pendant dix ans. Son oeuvre vue dans sa totalité révèle une étonnante richesse artistique et un grand pouvoir d'expression né des longues observations que le peintre tenait pour fondamentales dans son travail. |
En 1889, cet asile Saint-Paul était dirigé par le docteur Peyron. Vincent Van Gogh le décrit comme « un petit homme goutteux, veuf depuis quelques années, et qui portait des lunettes très noires ».
En réalité, l’asile se dirigeait lui-même. Dans ce temps-là, sous le bénéfice de cette honteuse loi de 1833, et qui n’est pas encore tout à fait abrogée, à la honte des Chambres successives, --- et c’est d’autant plus bête que la plupart des députés et des ministres finissent dans la gâtisme ! --- on ne redoutait aucune visite inquisitoriale… L’asile se dirigeant donc lui-même, le docteur Peyron était une sorte de médecin paternel, de bons sentiments, mais à qui les maladies nerveuses et mentales, sous toutes leurs formes, se révélaient absolument mystérieuses.
Il se contentait de visiter ses pensionnaires, comme on essayerait de parler avec des habitants de la Lune. Un économe s’occupait de la cuisine, du payement des pensions, ect. ; et, si l’on s’en rapporte aux lettres de Vincent envoyées de Saint-Rémy, l’asile était une vaste pension de famille où l’on mangeait mal et où on laissait les malades dans la plus complète oisiveté.
Aussi bien, les médecins aliénistes actuels sont-ils entrés décisivement dans le complexe labyrinthe des maladies du cerveau ? Il n’est peut-être pas aisé de répondre. Le docteur Peyron attendait du ciel toutes les guérisons ; et ainsi il se montrait sage.
Vincent Van Gogh, placé à Saint-Paul, le docteur Peyron ne compta donc avec lui qu’un malade de plus. Une nourriture à des heures fixes, une surveillance véritable par les gardiens et les gardiens-chefs ; des bains et des douches. Le programme était rempli.
A vivre avec les déments, Vincent Van Gogh s’habitua à leurs gestes, à leurs cris ; et, tout d’abord, son horreur de la folie s’adoucit. Il continua d’écrire à son frère ; il parla de ses nouveaux tableaux peints dans le parc, et de ceux qu’il entreprendrait bientôt au dehors… Il n’attend plus pour cela que la bonne autorisation de sortir ; et il parle très simplement de ses camarades d’asiles :
« Ces malheureux ne faisait absolument rien (pas un livre, rien pour les distraire qu’un jeu de boules et un jeu de dames) n’ont, dit-il, d’autre distraction journalière que de se bourrer de pois chiches, d’haricots et de lentilles et autres épiceries et denrées coloniales par des quantités réglées et à des heures fixes. La digestion de ces marchandises offrant de certaines difficultés, ils remplissent ainsi leurs journées d’une façon aussi inoffensive que peu coûteuse. »
Et, plus loin, il donne cette note d’humour noire :
« La salle où l’on se tient les jours de pluie est comme une salle d’attente troisième classe dans quelque village stagnant, d’autant plus qu’il y en a d’honorables aliénés qui portent toujours un chapeau, des lunettes, une canne et une tenue de voyage, comme aux bains de mer à peu près, et qui y figurent les passagers. »
Mais, Vincent Van Gogh, malgré toute sa fermeté, malgré ses longs moments de lucidité parfaite, est assailli de cauchemars et d’hallucinations de la vue et de l’ouïe. Des prostrations complètes suivent, des mélancolies profondes, un dégoût de la vie. Pourtant il se reprend vite. Il s’analyse avec une complète lucidité ; il cherche d’où viennent ses crises, ce qui peut les déterminer. Comme il redoute ce qu’il appelle la « folie religieuse », il en arrive à se demander si la vue du cloître et des « bonnes sœurs » n’est pas la véritable cause de tout ? Ne serait-il pas mieux dans un asile laïque, par exemple ?... Et il se reproche d’avoir été lâché à Arles, de n’avoir pas défendu son atelier et sa personne contre tous ces gens qui se liguaient en face de lui. Mais, tout de suite, il en appelle à toute son énergie ; il travaille avec emportement. Il dit : « Je laboure comme un vrai possédé, j’ai une fureur sourde de travail plus que jamais. »
Et cela demeure un étonnement qu’il puisse, dans son état, peindre. Il le fait avec une hâte dévorante de beaucoup produire pendant qu’il en est temps encore ; car, il a beau se remonter, il croit que la folie approche, et qu’il ne sera bientôt qu’une chose misérable ainsi que les pires malades de l’asile.
En plein travail, son mal, en effet, la garrotte et il tremble d’effroi. Il se débat ; il tente d’échapper à ses hallucinations ; il s’enfuit, il court dans le parc ; il bute contre les arbres ; il hurle sa peur ; puis, soudainement, il retrouve le calme ; et il se remet à écrire et il se remet à peindre. C’est comme un homme nouveau qui raisonne avec toute sa rare intelligence et qui a chassé de lui-même une chose mauvaise. Il se croit reparti vers la guérison. Il est très vite en confiance ; il s’est persuadé qu’il ne sera sauvé que par son travail. Et, redevenu tranquille, il écrit vite à son frère que cette fois c’est fini, --- qu’il est bien improbable que les crises reparaissent.
Comme on lui a accordé la permission de sortir, il va deux ou trois fois, sous la conduite d’un gardien, à Arles ; et, à Saint-Rémy, il parcourt toute la campagne ; il s’épuise à peindre et à marcher. Il est attiré par les Alpines ; et il décrit toujours abondamment les tableaux qu’il a en train, avec la parure de cette lyrique et si descriptive poésie dont ses lettres se fleurissent.
Ces pathétiques lettres de Saint-Rémy, ces lettres qui témoignent de la plus merveilleuse énergie devant le mal, nous demandons quel homme de lettres eût pu les écrire plus cruellement, plus douloureusement --- et avec un plus notoire courage ? Oui, Vincent Van Gogh, dans sa lutte quotidienne, allait jusqu’à se crucifier de toutes ses épouvantes ; --- et certaines de ces épouvantes montent des enfers, --- hurlent comme des cris de sang dans des nuits de hideux cauchemars. Jamais, sans doute, il n’exista un homme plus brave ! Celui-là, quand il porte encore sur lui la sueur de ses terreurs, quand il garde encore son pauvre corps tout meurtri, s’il écrit à Théo, à sa belle-sœur, à sa mère, c’est pour les consoler tous, leur parler de son travail et des peintures qu’il estime, étant demeuré candide et toujours capable d’admiration.
Comment put-il traîner son martyre toute une longue année au milieu des déments ? Souvent, il s’entretenait des heures avec eux, « parce que, dit-il, il ne leur faisait pas peur » ; et il les plaignait quand il les voyait, dans la cours des agités, se lancer la tête en avant contre les murs. Le gardien n’intervenait pas toujours à temps ; et cela accablait Vincent.
Il fit de nombreux portraits à Saint-Paul: des portraits de malades et de surveillants. Le docteur Peyron n’ayant jamais voulu poser, il le plaça, cependant, dans son tableau qui représente l’Entrée du quartier des hommes.
Il peignit, dehors, beaucoup de paysages. Des vignes, des champs d’oliviers. Quand il restait dans sa chambre, il travaillait d’après des gravures de Delacroix et de Millet. Il tendait ses forces ; et, brusquement, la peur d’une nouvelle crise l’étouffait. Poussé à bout, sortant d’un long abattement, il écrivit un jour, malgré lui, à Théo:
« Durant bien des jours j’ai été absolument égaré comme à Arles, tout autant sinon pire, et il est à présumer que ces crises reviendront encore dans la suite, c’est abominable… »
Il eut l’autre courage de faire deux portraits de lui, « faute de modèle ». Et il dit, habitué maintenant à se considérer en face :
« L’un de ces portraits je l’ai commencé le premier jour que je me suis levé, j’étais maigre, pâle comme un diable. C’est bleu violet foncé et la tête blanchâtre avec des cheveux jaunes, donc un effet de couleur. »
En même temps qu’il écrivait à Théo, Vincent n’oubliait pas ses amis d’Arles, l’interne Rey, le pasteur Salles, Roulin et les Ginoux.
Voici, en témoignage, une lettre inédite que Vincent envoya de Saint-Rémy à ses amis Ginoux :
Cette lettre est une des lettres inédites que j’ai eu la joie de retrouver dans un mas de la Crau.
Je me souviens de cette matinée de bonheur ; je me souviendrai toujours de ce mas tout blanc, tout plein de tilleuls, de rosiers et de vignes. Avec ma femme qui a écrit tout ce livre avec moi, à mes côtés, tout près de moi, nous touchions, tous deux, avec un respect infini, ces lettres jaunies, décolorées, tachées, quelquefois même déchirées. Depuis trente-deux-ans, elles dormaient là dans leurs pauvres enveloppes. Nous les ouvrîmes ; et voici ce qu’elles sont : l’écriture en est régulière, presque sans ponctuation, très lisible, sur du papier écolier. Instinctivement, sur les murs blanchis à la chaux et si propres, nous cherchions des tableaux de Vincent… Le portrait de l’Arlésienne à l’ombrelle, là, tout seul, sur le plâtre si blanc, quel émoi cela nous eût causé ! Mais il n’y a plus de tableaux de Vincent en Arles et même dans les mas de la Crau !... Puis, on nous montra le fauteuil de rotin sur lequel Vincent Van Gogh s’asseyait dans son atelier ; et ces gens nous parlèrent longuement de « Monsieur Vincent ». C’était leur tante, Mme Ginoux, qui leur avait dit tout ce qu’ils nous racontaient. Et nous écoutions ; et, pourquoi, à ce moment-là, précisément, cette phrase écrite par Vincent à Théo chanta-t-elle à nos oreilles : « Sous peu tu vas faire connaissance avec le sieur Patience Escalier, espèce d’homme à la houe, vieux bouvier camarguais, actuellement jardinier dans un mas de la Crau » ?... Et l’on nous versa dans de grands verres le carthagène, le vin d’or qui raccroche le cœur à sa bonne place.
Et voici la seconde lettre que nous avons recopiée ; seconde lettre inédite adressé encore de Saint-Rémy aux Ginoux :
« Mes chers amis Monsieur et Madame Ginoux, je ne sais si vous vous en rappelez, je le trouve assez étrange, qu’il y a un an à peu près Mme Ginoux a été malade en même temps que moi ; et à présent cela a encore été comme cela puisque juste vers Noël --- pendant quelques jours j’ai été cette année encore assez mal pris, cependant cela a été très vite fini ; je n’en ai pas eu pour une semaine. Puisque donc, mes chers amis, nous souffrons quelquefois ensemble, cela me fait penser à ce que dit Madame Ginoux, --- « quand on est amis on l’est pour longtemps… » Je crois moi que les contrariétés qu’on éprouve dans le train-train ordinaire de la vie nous font au moins autant de bien que de mal. Ce dont on tombe malade accablé de découragement aujourd’hui, cela même nous rend l’énergie, la maladie accomplie, de nous lever et de vouloir guérir le lendemain.
« Je vous l’assure que l’autre année cela m’a presque contrarié de guérir --- d’aller mieux pour un temps plus ou moins long --- continuant à redouter toujours les rechutes – presque contrarié --- vous dis-je --- tellement j’avais peu envie de recommencer. Je me suis bien souvent dit que je préférais qu’il n’y eût plus rien et que cela fût fini. Mais oui --- nous n’en sommes pas le maître --- de notre existence et il s’agit paraît-il d’apprendre à vouloir vivre encore, même en souffrant. Et, je me sens si lâche là-dedans, la santé revenant même, je redoute encore. Alors qui suis-je pour encourager les autres, me direz-vous, comme de juste cela ne me sied guère. --- Enfin c’est seulement pour vous dire, mes chers amis, que j’espère si ardemment et d’ailleurs que j’ose croire que la maladie de Mme Ginoux soit très passagère et qu’elle en remontera tout à fait regaillardie mais elle n’ignore pas combien nous tenons tous à elle et désirons la voir bien portante. Pour moi la maladie m’a fait du bien --- ce serait ingrat de ne pas en convenir. Cela m’a calmé et très différent de ce que je m’étais figuré cette année j’ai eu plus de chance que je n’avais osé l’espérer.
« Mais si je n’avais pas été si bien soigné, si les gens n’avaient pas été pour moi aussi bons qu’ils l’ont été, je crois que j’aurais claqué ou que j’aurais perdu complètement la raison. Les affaires sont les affaires puis aussi le devoir est le devoir ce n’est donc que comme de juste que je retourne bientôt pour voir mon frère, mais il me sera pénible de quitter le Midi je vous l’assure à vous tous qui êtes devenus des amis pour moi --- des amis pour longtemps.
« J’ai encore oublié de vous remercier des olives que m’avez envoyées l’autre fois et qui étaient excellentes, prochainement je vous rapporte les boites…
« Je vous écris donc, chers amis, pour essayer de distraire pour un moment notre chère malade, pour qu’elle reprenne son sourire habituel pour nous faire plaisir à tous qui la connaissons. Ainsi que je vous l’ai dit, dans une quinzaine j’espère venir vous revoir bien guéri.
« Les maladies sont là pour nous en faire ressouvenir que nous ne sommes pas en bois, voilà ce qui me paraît le bien côté de tout cela. --- Puis après on s’en reva à son travail de tous les jours redoutant moins les contrariétés avec une nouvelle provision de sérénité et même en se séparant ce sera en se disant pourtant encore : « et lorsqu’on est amis on l’est pour longtemps » --- car voilà le moyen pour pouvoir se quitter.
« Allons, à bientôt et mes meilleurs souhaits pour la prompte guérison de Mme Ginoux.
Il vint un nouveau où Vincent ne put supporter les pensionnaires de l’asile. Cette promiscuité qu’on imposait à tous, sans distinction, comme à des soldats de tous pays et de toutes classes parqués dans une même sale, lui devint tout à coup odieuse. Et puis il se rendait compte que le docteur Peyron ne déterminait aucune guérison valable ; c’était le train-train d’une foule de gens abandonnés à leur manie, qu’on douchait tous ensemble, au commandement. Alors, ne croyant plus à la possibilité d’une guérison à Saint-Paul, Vincent Van Gogh vit, nettement, tout le comique insupportable et tout le tragique énervant de l’asile.
Ici, un aliéné, ancien comptable sans doute, passait toute sa journée à compter sur ses doigts ; un autre, coiffé d’une casserole et une lèche-frite retenue par sa ceinture, marchait continuellement, et criait des ordres de caserne, un troisième aliéné vous regardait les yeux fixes, puis il se mettait à rire, à rire interminablement. Un quatrième se figurait être une soupière et, aux repas, on ne pouvait pas l’empêcher de répandre la soupe sur son corps ; un cinquième, gravement assis sur la plus haute chaise du réfectoire, restait là comme sur un trône ; et il tenait, en forme de sceptre, sur ses genoux, un chapeau gibus. Il y avait aussi des mélancoliques qui demeurait prostrés, accablés, la figure dans les poings ; des excités, qui hurlaient des mots incohérents ; un autre courait à quatre pattes comme un jeune chien, dont il imitait les glapissements. Mais les hallucinés se montraient les plus irritants ; car ceux-là, brusquement, ils partaient à crier, à sauter sur les tables, à s’élancer vers les fenêtres pour échapper à leurs ennemis. Un dément, dans un coin, coiffé d’un chapeau haut de forme gondolé, vêtu d’un veston de velours et drapé dans un plaid écossais, chantait une douce complainte.
Et les nuits approchaient souvent terribles. Quand un dément vociférait, toute la ménagerie, debout soudainement, aboyait à la peur. On entendait la galopade des gardiens, des cris, des sanglots, des supplications, puis tout, comme sous la chute d’une trombe d’eau, retombait aussi vite, au calme ; et, seuls, des gémissements râlaient longtemps.
Vincent Van Gogh se trouvait de nouveau étranglé par ses crises. Il écrivait pour conserver son courage : « Cela, mon cher frère, me pousse au travail et au sérieux comme un charbonnier toujours en danger se dépêche dans ce qu’il fait. » Mais, ses peurs apaisées, il revenait immanquablement sur ceci, qu’il croyait de moins en moins qu’on pût le guérir à Saint-Paul. Est-ce que le docteur Peyron ne passait pas quelquefois toute une semaine sans le voir ; et, d’ailleurs, qu’aurait-il pu faire ?
« Car, écrivait Vincent, je dois aussi dire que M ? Peyron ne me donne pas beaucoup d’espoir pour l’avenir, ce que je trouve juste, il me fait sentir que tout est douteux, que rien ne peut être assuré d’avance. »
L’asile, c’était simplement ce qu’il avait dit déjà, une sorte d’hôtel détestable où l’on paye une chambre et une pension ; --- et, fort de cela, nettement, Vincent écrit à son frère qu’il veut quitter cette maison de santé, où il deviendra tout à fait fou si on l’y abandonne. Il est certain, du reste, que le changement comme toujours lui fera du bien ! … et, puisque Théo lui a parlé longuement des peintres installées à Pontoise et à Auvers, entre autres de Pissarro et de Vignon, pourquoi n’irait-il pas en pension chez l’un d’eux ? « Mieux vaut, dit-il, que l’argent aille pour nourrir des peintres qu’à les excellentes sœurs. » Enfin, lui-même a eu souvent cette idée-là. A présent, « il a horreur de toutes les exagérations religieuses » ; et, alors, il ne pense qu’à la tournure que prend sa maladie mentale :
« J’ai des crises, dit-il, comme en aurait un superstitieux et qu’il me vient des idées religieuses embrouillées et atroces telles que jamais je n’en ai eu dans ma tête dans le Nord. »
Théo est prêt à vouloir ce que veut son frère. Aussi bien, toujours alarmé, il s’attendait depuis longtemps à un changement de pays qu’exigerait Vincent. Et au bon Pissarro il a déjà demandé un conseil ; et, Pissarro, tout de suite, lui a parlé du docteur Gachet, son ami, qui habite à Auvers, près de Pontoise. Si Vincent veut revenir autour de Paris, nulle chose n’est préférable. Le docteur Gachet ne prendra certainement point Vincent en pension ; mais il le surveillera, il vivra tout de même en quelque sorte avec lui.
Mais rien ne se précipite. Vincent tient à sa « chère Provence », aux amis qu’il y a connus ; il ne pourrait partir ainsi, brusquement, en s’arrachant à tous ses souvenirs.
En attendant, tenant à lui montrer que tout le monde ne méprise pas sa peinture, comme il le croit, Théo lui envoie un article qui vient de paraître, sous la signature d’Albert Aurier, dans le Mercure de France du mois de janvier 1890. L’article est emphatique, redondant, il se gonfle de cette outrance appelée justement par Emile Bernard « tout le tape-à-l’œil du romantisme » ; mais Vincent ne s’en grise pas et il répond à Albert Aurier par cette lettre modeste :
Cher Monsieur Aurier,
« Merci beaucoup de votre article dans le Mercure de France, lequel m’a beaucoup surpris. Je l’aime beaucoup comme œuvre d’art en soi, je trouve que vous faites de la couleur avec vos paroles ; enfin, dans votre article, je retrouve mes toiles, mais meilleures qu’elles ne le sont en réalité, plus riches, plus significatives. --- Pourtant, je me sens mal à l’aise lorsque je songe que plutôt qu’à moi ce que vous dites reviendrait à d’autres. --- Par exemple, à Monticelli surtout. Parlant de « il est --- que je sache --- le seul peintre qui perçoive le chromatisme des choses avec cette intensité, avec cette qualité métallique, gemmique », --- s’il vous plaît d’aller voir, chez mon frère, certain bouquet de Monticelli --- bouquet en blanc-bleu myosotis et orangé ; alors vous sentirez ce que je veux dire. Mais depuis longtemps les meilleurs, les plus étonnants Monticelli sont en Ecosse, en Angleterre. Dans un musée du Nord, celui de Lille, je crois, il doit cependant encore y avoir une merveille de lui, autrement riche et certes non moins français que le départ pour Cythère, de Watteau. Actuellement, M. Lauzet est en train de reproduire une trentaine de Monticelli. Voici, à ce que je sache, il n’y a pas de coloriste venant aussi droit et directement de Delacroix ; et pourtant est-il probable, à mon avis, que Monticelli ne tenait que de seconde main les théories de la couleur de Delacroix ; notamment il les tenait de Diaz et de Ziem. Son tempérament d’artiste, à lui, Monticelli, cela me semble être juste celui de l’auteur du Decamerone --- Boccace --- un mélancolique, un malheureux assez résigné, voyant passer la noce du beau monde, les amoureux de son temps, les peignant, les analysant, lui le mis de côté. Oh ! il n’imite pas Boccace, pas davantage que Henri Leys n’imita les Primitifs. --- Eh bien, c’était donc pour dire que sur mon nom paraissent s’égarer des choses que vous feriez mieux de dire de Monticelli, auquel je dois beaucoup. Ensuite, je dois beaucoup à Paul Gauguin, avec lequel j’ai travaillé durant quelques mois à Arles, et que, d’ailleurs, je connaissais déjà à Paris.
« Gauguin, cet artiste curieux, cet étranger duquel l’allure et le regard rappellent vaguement le portrait d’homme de Rambrandt à la galerie Lacaze, cet ami qui aime à faire sentir qu’un bon tableau doit être l’équivalent d’une bonne action, non pas qu’il le dise, mais enfin il est difficile de le fréquenter sans songer à une certaine responsabilité morale. --- Quelques jours avant de nous séparer, alors que la maladie m’a forcé d’enter dans une maison de santé, j’ai essayé de peindre « sa place vide. »
« C’est une étude de son fauteuil en bois brun rouge sombre, le siège en paille verdâtre, et, à la place de l’absent, un flambeau allumé et des romans modernes. Veuillez, à l’occasion, en souvenir de lui, un peu revoir cette étude, laquelle est toute entière dans les tons rompus verts et rouges. Vous vous apercevrez donc peut-être que votre article eût été plus juste et --- il me semblerait --- en conséquence plus puissant --- si, traitant la question d’avenir « peinture des tropiques » et la question de couleur, vous y eussiez --- avant de parler de moi --- fait justice pour Gauguin et pour Monticelli. Car la part qui m’en revient, ou reviendra, demeura, je vous l’assure --- fort secondaire. --- Et puis, j’aurais encore autre chose à vous demander. Mettons que les deux toiles de tournesols qui, actuellement, sont aux Vingtistes aient certaines qualités de couleur, et puis aussi que ça exprime une idée symbolisant « la gratitude ». Est-ce autre chose que tant de tableaux de fleurs plus habilement peints et qu’on n’apprécie pas encore assez, les Roses trémières, les Iris jaunes du père Quost ? Les magnifiques bouquets de pivoines dont est prodigue Jeannin ? --- Voyez-vous, il me semble si difficile de faire la séparation entre l’impressionnisme et autre chose ; je ne vois pas l’utilité d’autant d’esprit sectaire que nous en avons vu ces dernières années, mais j’en redoute le ridicule.
« Et, en terminant, je déclare ne pas comprendre que vous parliez d’infamies de Meissonier. C’est peut-être de cet excellent Mauve que j’ai hérité pour Meissonier une admiration sans bornes aucunes ; Mauve était intarissable sur l’éloge de Troyon et de Meissonier --- combinaison étrange. --- Ceci pour attirer votre attention jusqu’à quel point à l’étranger on admire sans faire le moindre cas de ce qui divise si souvent malencontreusement les artistes en France. Ce que Mauve répétait souvent était à peu près ceci : « Si l’on veut faire de la couleur, il faut aussi savoir dessiner un coin de cheminée ou d’intérieur comme Meissonier.
« Au prochain envoi que je ferai à mon frère, j’ajouterai une étude de cyprès pour vous, si vous voulez bien me faire le plaisir de l’accepter en souvenir de votre article. J’y travaille encore dans ce moment, désirant y mettre une figurine. --- Le cyprès est caractéristique au paysage de Provence, et vous le sentiez en disant : « même la couleur noire ». Jusqu’à présent, je n’ai pu le faire comme je le sens ; les émotions qui me prennent devant la nature vont chez moi jusqu’à l’évanouissement, et alors il en résulte une quinzaine de jours pendant lesquels je suis incapable de travailler. Pourtant, avant de partir d’ici, je compte encore une fois revenir à la charge, pour attaquer les cyprès. L’étude que je vous ai destinée en représente un groupe au coin d’un champ de blé par une journée de mistral d’été. C’est donc la note d’un certain noir enveloppé dans du bleu mouvant par le grand air qui circule, et opposition fait à la note noir le vermillon des coquelicots. Vous verrez que cela constitue à peu près l’assemblage de tons de ces jolis tissus écossais carrelés vert, bleu, rouge, jaune, noir, qui, à vous comme à moi, dans le temps, ont paru si charmants et qu’hélas, aujourd’hui on ne voit plus guère.
« Recevez, en attendant, cher Monsieur, l’expression de ma gratitude pour votre article. Si je venais à Paris, au printemps, je ne manquerais certes pas de venir vous remercier en personne.»
Vincent Van Gogh.
Mais les crises le reprenant, Vincent songeait de plus en plus à Auvers. Il écrivit à son frère :
« Oui il faudra en finir ici, je ne peux plus faire les deux choses à la fois, travailler et me donner mille peines pour vivre avec les drôles de malades d’ici --- ça détraque.
« En vain je voudrais m’efforcer de descendre. Et voilà pourtant près de deux mois que je n’ai pas été en plein air.
« A la longue ici je perdrais la faculté de travailler, or là commence mon halte-là et je les envoie alors --- si tu es d’accord --- promener. »
Aussi il eut un vif espoir quand son départ pour Auvers fut décidé. Mais il se fâcha en apprenant que son frère voulait le faire accompagner jusqu’à Paris.
Alors Théo y renonça ; et il lui écrivit qu’il l’attendrait à l’arrivée du train, à la gare de Lyon.
Théo, marié, et ayant un enfant, s’était installé dans un appartement plus confortable, 8, cité Pigalle.
Large et courte impasse comme de province, ouverte dans la rue Pigalle. Des maisons calmes, des jardins et d’amples arbres noirs dont les branches recueillent les oiseaux du quartier.
Vincent revint du Midi le 17 mai 1890.
Ici, je vais laisser Mme Johanna Van-Gogh-Bonger raconter elle-même l’arrivée de Vincent et son court séjour à Paris. Elle a vécu ardemment tous ces instants-là ; car elle n’avait pas encore vu Vincent. Mais depuis la première heure de ses fiançailles avec Théo, pas un jour il n’avait cessé de lui parler de son frère.
--- Un télégramme de Tarascon, dit Mme J. Van Gogh-Bonger, nous avertit tout d’abord que Vincent voyageait la nuit et qu’il arriverait le matin vers 10 heures. Théo ne dormit pas de la nuit, dans la peur qu’il n’arrivât quelque chose à Vincent qui venait à peine de se relever d’une nouvelle crise. Combien nous fûmes heureux lorsque vint l’heure pour Théo d’aller à la rencontre de son frère ! La distance de la cité Pigalle à la gare de Lyon est assez grande ! --- ils restèrent bien longtemps en route et je commençais déjà à trembler, lorsque je vis enfin une voiture découverte entrer dans la cité Pigalle. Deux visages souriants me firent signe et deux mains s’agitèrent ; et, un instant après, Vincent était près de moi.
« J’avais pensé voir un malade ; et, devant moi, se trouvait un homme solide, large d’épaules, qui avait de saines couleurs, une expression de visage joyeux, et, dans tout son être, quelque chose de ferme. Le portrait fait par lui-même rend la plus fidèle expression de son physique en ce temps-là. Apparemment un changement subit et curieux s’était produit dans son état, comme déjà le pasteur Salles l’avait remarqué à Arles, à son vif étonnement.
« Il est tout à fait en bonne santé ; il paraît plus solide que Théo », fut ma première pensée. Théo alla lui dans la chambre à coucher où se trouvait le petit berceau. Silencieux, les larmes dans les yeux, les frères regardèrent l’enfant endormi. Alors Vincent se tourna en riant vers moi, et dit en me montrant la simple couverture du berceau :
« Ma petite sœur, tu ne dois pas le mettre ainsi dans des dentelles ».
« Il resta trois jours avec nous, et fut pendant tout ce temps gai et tranquille --- il ne fut pas question de Saint-Rémy. Il sortit pour aller chercher des olives qu’il était habitué à manger tous les jours, et me pria absolument d’un goûter une fois. Ce premier matin, il se trouva de très bonne heure, en bras de chemise, en contemplation devant ses tableaux, dont les murs de l’appartement étaient couverts. Dans la chambre à coucher, étaient les Jardins fleuris, dans la salle à manger, au-dessus de la cheminée, Les mangeurs de pommes de terre, et, dans la petite chambre que nous nommions salon se trouvait le Grand paysage d’Arles avec la vue sur le Rhône.
« Mais, au grand désespoir de la femme de ménage, il y avait encore des peintures partout, sous le lit, sous le canapé, sous les armoires et dans la chambre d’ami, elles furent toutes étendues à terre et contemplées avec recueillement. Il vint beaucoup de visites, et Vincent sentit bientôt que le trouble de Paris ne lui allait pas. Comme il désirait aussi reprendre le travail, il partit le 21 mai, pour Auvers, avec des recommandations auprès du Docteur Gachet.
« Nous lui avions promis de le visiter bientôt, comme il devait lui-même revenir auprès de nous dans quelques semaines pour faire nos portraits. »
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Date de dernière mise à jour : Dimanche 29 Janvier 2012















