
1. Auvage céline Le Dimanche 20 Mai 2012
MERCI...!!! Merci pour ce partage...!! Je suis tombée sur votre blog,vraiment par hasard... Je n'ai ...
2. julia Le Dimanche 06 Mai 2012
Merci a vous! bonheur a votre petits ange!
3. Gisèle Le Jeudi 03 Mai 2012
Bonjour Chantal, Didier Un petit coucou pour vous dire que nous pensons à vous et à nos deux anges ...
J’exerce donc à Mexico-City, depuis quelque temps, mon utile profession. Elle consiste d’abord, vous en avez fait l’expérience, à pratiquer la confession publique aussi souvent que possible. Je m’accuse, en long et en large. Ce n’est pas difficile, j’ai maintenant de la mémoire. Mais attention, je ne m’accuse pas grossièrement, à grands coups sur la poitrine. Non, je navigue souplement, je multiplie les nuances, les digressions aussi, j’adapte enfin mon discours à l’auditeur, j’amène ce dernier à renchérir. Je mêle ce qui me concerne et ce qui regarde les autres. Je prends les traits communs, les expériences que nous avons ensemble souffertes, les faiblesses que nous partageons, le bon ton, l’homme du jour enfin, tel qu’il sévit en moi et chez les autres. Avec cela, je fabrique un portrait qui est celui de tous et de personne. Un masque, en somme, assez semblable à ceux du carnaval, à la fois fidèles et simplifiés, et devant lesquels on se dit : « Tiens, je l’ai rencontré, celui-là ! » Quand le portrait est terminé, comme ce soir, je le montre, plein de désolation : « Voilà, hélas ! ce que je suis. » Le réquisitoire est achevé. Mais, du même coup, le portrait que je tends à mes contemporains devient un miroir.
Couvert de cendres, m’arrachant lentement les cheveux, le visage labouré par les ongles, mais le regard perçant, je me tiens devant l’humanité entière, récapitulant mes hontes, sans perdre de vue l’effet que je produis, et disant : « J’étais le dernier des derniers. » Alors, insensiblement, je passe, dans mon discours, du « je » au « nous ». Quand j’arrive au « voilà ce que nous sommes », le tour est joué, je peux leur dire leurs vérités. Je suis comme eux, bien sûr, nous sommes dans le même bouillon. J’ai cependant une supériorité, celle de le savoir, qui me donne le droit de parler. Vous voyez l’avantage, j’en suis sûr. Plus je m’accuse et plus j’ai le droit de vous juger. Mieux, je vous provoque à vous juger vous-même, ce qui me soulage d’autant. Ah ! mon cher, nous sommes d’étranges, de misérables créatures et, pour peu que nous revenions sur nos vies, les occasions ne manquent pas de nous étonner et de nous scandaliser nous-mêmes. Essayez. J’écouterai, soyez-en sûr, votre propre confession, avec un grand sentiment de fraternité.
Ne riez pas ! Oui, vous êtes un client difficile, je l’ai vu du premier coup. Mais vous y viendrez, c’est inévitable. La plupart des autres sont plus sentimentaux qu’intelligents ; on les désoriente tout de suite. Les intelligents, il faut y mettre le temps. Il suffit de leur expliquer la méthode à fond. Ils ne l’oublient pas, ils réfléchissent. Un jour ou l’autre, moitié par jeu, moitié par désarroi, ils se mettent à table. Vous, vous n’êtes pas seulement intelligent, vous avez l’air rodé.
Avouez cependant que vous vous sentez, aujourd’hui, moins content de vous-même que vous ne l’étiez il y a cinq jours ? J’attendrai maintenant que vous m’écriviez ou que vous reveniez. Car vous reviendrez, j’en suis sûr ! Vous me trouverez inchangé. Et pourquoi changerais-je puisque j’ai trouvé le bonheur qui me convient ? J’ai accepté la duplicité au lieu de m’en désoler. Je m’y suis installé, au contraire, et j’y ai trouvé le confort que j’ai cherché toute ma vie. J’ai eu tort, au fond, de vous dire que l’essentiel était d’éviter le jugement. L’essentiel est de pouvoir tout se permettre, quitte à professer de temps en temps, à grands cris, sa propre indignité. Je me permets tout, à nouveau, et sans rire, cette fois. Je n’ai pas changé de vie, je continue de m’aimer et de me servir des autres. Seulement, la confession de mes fautes me permet de recommencer plus légèrement et de jouir deux fois, de ma nature d’abord, et ensuite d’un charmant repentir.
Depuis que j’ai trouvé ma solution, je m’abandonne à tout, aux femmes, à l’orgueil, à l’ennui, au ressentiment, et même à la fièvre qu’avec délices je sens monter en ce moment. Je règne enfin, mais pour tou-jours. J’ai encore trouvé un sommet, où je suis seul à grimper et d’où je peux juger tout le monde. Parfois, de loin en loin, quand la nuit est vraiment belle, j’entends un rire lointain, je doute à nouveau. Mais, vite, j’accable toutes choses, créatures et création, sous le poids de ma propre infirmité, et me voilà requinqué.
J’attendrai donc vos hommages à Mexico-City, aussi longtemps qu’il le faudra. Mais ôtez cette couverture, je veux respirer. Vous viendrez, n’est-ce pas ? Je vous montrerai même les détails de ma techni-que, car j’ai une sorte d’affection pour vous. Vous me verrez leur apprendre à longueur de nuit qu’ils sont infâmes. Dès ce soir, d’ailleurs, je recommencerai. Je ne puis m’en passer, ni me priver de ces mo-ments où l’un d’eux s’écroule, l’alcool aidant, et se frappe la poitrine. Alors je grandis, très cher, je grandis, je respire librement, je suis sur la montagne, la plaine s’étend sous mes yeux. Quelle ivresse de se sentir Dieu le père et de distribuer des certificats définitifs de mau-vaise vie et moeurs. Je trône parmi mes vilains anges, à la cime du ciel hollandais, je regarde monter vers moi, sortant des brumes et de l’eau, la multitude du jugement dernier. Ils s’élèvent lentement, je vois arri-ver déjà le premier d’entre eux. Sur sa face égarée, à moitié cachée par une main, je lis la tristesse de la condition commune, et le déses-poir de ne pouvoir y échapper. Et moi, je plains sans absoudre, je com-prends sans pardonner et surtout, ah, je sens enfin que l’on m’adore !
Oui, je m’agite, comment resterais-je sagement couché ? Il me faut être plus haut que vous, mes pensées me soulèvent. Ces nuits-là, ces matins plutôt, car la chute se produit à l’aube, je sors, je vais, d’une marche emportée, le long des canaux. Dans le ciel livide, les cou-ches de plumes s’amincissent, les colombes remontent un peu, une lueur rosée annonce, au ras des toits, un nouveau jour de ma création. Sur le Damrak, le premier tramway fait tinter son timbre dans l’air humide et sonne l’éveil de la vie à l’extrémité de cette Europe où, au même moment, des centaines de millions d’hommes, mes sujets, se tirent péniblement du lit, la bouche amère, pour aller vers un travail sans joie. Alors, planant par la pensée au-dessus de tout ce continent qui m’est soumis sans le savoir, buvant le jour d’absinthe qui se lève, ivre enfin de mauvaises paroles, je suis heureux, je suis heureux, vous dis-je, je vous interdis de ne pas croire que je suis heureux, je suis heureux à mourir ! Oh, soleil, plages, et les îles sous les alizés, jeunesse dont le souvenir désespère !
Je me recouche, pardonnez-moi. Je crains de m’être exalté ; je ne pleure pas, pourtant. On s’égare parfois, on doute de l’évidence, même quand on a découvert les secrets d’une bonne vie. Ma solution, bien sûr, ce n’est pas l’idéal. Mais quand on n’aime pas sa vie, quand on sait qu’il faut en changer, on n’a pas le choix, n’est-ce pas ? Que faire pour être un autre ? Impossible. Il faudrait n’être plus personne, s’oublier pour quelqu’un, une fois, au moins. Mais comment ? Ne m’accablez pas trop. Je suis comme ce vieux mendiant qui ne voulait pas lâcher ma main, un jour, à la terrasse d’un café : « Ah ! monsieur, disait-il, ce n’est pas qu’on soit mauvais homme, mais on perd la lumière. » Oui, nous avons perdu la lumière, les matins, la sainte innocence de celui qui se pardonne à lui-même.
Regardez, la neige tombe ! Oh, il faut que je sorte ! Amsterdam en-dormie dans la nuit blanche, les canaux de jade sombre sous les petits ponts neigeux, les rues désertes, mes pas étouffés, ce sera la pureté, fugitive, avant la boue de demain. Voyez les énormes flocons qui s’ébouriffent contre les vitres. Ce sont les colombes, sûrement. Elles se décident enfin à descendre, ces chéries, elles couvrent les eaux et les toits d’une épaisse couche de plumes, elles palpitent à toutes les fenêtres. Quelle invasion ! Espérons qu’elles apportent la bonne nouvelle. Tout le monde sera sauvé, hein, et pas seulement les élus, les richesses et les peines seront partagées et vous, par exemple, à partir d’aujourd’hui, vous coucherez toutes les nuits sur le sol, pour moi. Tou-te la lyre, quoi ! Allons, avouez que vous resteriez pantois si un char descendait du ciel pour m’emporter, ou si la neige soudain prenait feu. Vous n’y croyez pas ? Moi non plus. Mais il faut tout de même que je sorte.
Bon, bon, je me tiens tranquille, ne vous inquiétez pas ! Ne vous fiez pas trop d’ailleurs à mes attendrissements, ni à mes délires. Ils sont dirigés. Tenez, maintenant que vous allez me parler de vous, je vais savoir si l’un des buts de ma passionnante confession est atteint. J’espère toujours, en effet, que mon interlocuteur sera policier et qu’il m’arrêtera pour le vol des Juges Intègres. Pour le reste, n’est-ce pas, personne ne peut m’arrêter. Mais quant à ce vol, il tombe sous le coup de la loi et j’ai tout arrangé pour me rendre complice ; je recèle ce tableau et le montre à qui veut le voir. Vous m’arrêteriez donc, ce serait un bon début. Peut-être s’occuperait-on ensuite du reste, on me décapiterait, par exemple, et je n’aurais plus peur de mourir, je serais sauvé. Au-dessus du peuple assemblé, vous élèveriez alors ma tête encore fraîche, pour qu’ils s’y reconnaissent et qu’à nouveau je les domine, exemplaire. Tout serait consommé, j’aurais achevé, ni vu ni connu, ma carrière de faux prophète qui crie dans le désert et refuse d’en sortir.
Mais, bien entendu, vous n’êtes pas policier, ce serait trop simple. Comment ? Ah ! je m’en doutais, voyez-vous. Cette étrange affection que je sentais pour vous avait donc du sens. Vous exercez à Paris la belle profession d’avocat ! Je savais bien que nous étions de la même race. Ne sommes-nous pas tous semblables, parlant sans trêve et à personne, confrontés toujours aux mêmes questions bien que nous connaissions d’avance les réponses ? Alors, racontez-moi, je vous prie, ce qui vous est arrivé un soir sur les quais de la Seine et comment vous avez réussi à ne jamais risquer votre vie. Prononcez vous-même les mots qui, depuis des années, n’ont cessé de retentir dans mes nuits, et que je dirai enfin par votre bouche : « O jeune fille, jette-toi encore dans l’eau pour que j’aie une seconde fois la chance de nous sauver tous les deux ! » Une seconde fois, hein, quelle imprudence ! Supposez, cher maître, qu’on nous prenne au mot ? Il faudrait s’exécuter. Brr... ! l’eau est si froide ! Mais rassurons-nous !
Il est trop tard, maintenant, il sera toujours trop tard. Heureusement !
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Date de dernière mise à jour : Lundi 06 Février 2012




