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Amendement Creton

 

Touché par la souffrance de proches, Michel Creton mène une lutte pour améliorer le sort des jeunes polyhandicapés qui a débouché le 13 janvier 1989 avec un amendement qui porte son nom :

L’amendement Creton.

L’article 22 de la Loi n° 89-18 du 13 janvier 1989 (Diverses mesures d’ordre social) a modifié l’article 6 de la loi d’orientation en faveur des personnes handicapées du 30 juin 1975 et créé l’alinéa suivant dit “amendement Creton” :

« I bis. - La prise en charge la plus précoce possible est nécessaire. Elle doit pouvoir se poursuivre tant que l’état de la personne handicapée le justifie et sans limite dâge ou de durée.

« Lorsqu’une personne handicapée placée dans un établissement d’éducation spéciale ne peut être immédiatement admise dans un établissement pour adulte désigné par la commission technique d’orientation et de reclassement professionnel, conformément au cinquième alinéa (3°) du paragraphe I de l’article L. 323-11 du code du travail, ce placement peut être prolongé au-delà de l’âge de vingt ans ou, si l’âge limite pour lequel l’établissement est agréé est supérieur, au-delà de cet âge dans l’attente de l’intervention d’une solution adaptée, par une décision conjointe de la commission départementale de l’éducation spéciale et de la commission technique d’orientation et de reclassement professionnel.

« Cette décision s’impose à l’organisme ou à la collectivité compétente pour prendre en charge les frais d’hébergement et de soins dans l’établissement pour adulte désigné par la commission technique d’orientation et de reclassement professionnel, conformément au cinquième alinéa (3°) du paragraphe I de l’article L. 323-11 précité.

« La contribution de la personne handicapée à ces frais ne peut être fixée à un niveau supérieur à celui qui aurait été atteint si elle avait été effectivement placée dans l’établissement désigné par la commission technique d’orientation et de reclassement professionnel. De même, les prestations en espèces qui lui sont allouées ne peuvent être réduites que dans la proportion où elles l’auraient été dans ce cas. »

En France, le secteur médico-social en faveur des personnes handicapées établit une distinction importante tant en matière d'organisation des réponses aux besoins, que de financement, entre d'une part les établissements et services s'adressant aux enfants handicapés et d'autre part ceux qui s'adressent aux adultes. Dans ce cadre, l'âge de 20 ans constitue un critère de passage décisif entre les deux dispositifs.
Jusque dans les années quatre-vingt, les jeunes adultes ayant dépassé cette limite d'âge pouvaient à tout moment se voir exclure de leur structure d'accueil, sans attendre qu'une place ne se libère dans un établissement pour adultes. Pour éviter que de jeunes handicapés, de retour à temps plein au domicile familial sans aide ni soutien, ne vivent des situations dramatiques, l'article 22 de la loi n° 89-18 du 13 janvier 1989 dit « amendement Creton » permet le maintien d'adolescents et de jeunes adultes dans leur établissement médico- social « au-delà de 20 ans dans l'attente de l'intervention d'une solution adaptée, par une décision conjointe de la Commission départementale de l'éducation spéciale (CDES) et de la Commission technique d'orientation et de reclassement professionnel Cotorep) ».
Pourtant, son combat est loin d'être fini tant les politiciens ont sovent du mal à appliquer ou faire appliquer les lois qu'ils ont eux-mêmes votées...
Ainsi, le 1er juin 2002, Michel Creton a déposé une requête devant le Conseil d'Etat. Il accuse l'Etat de «manquement à ses devoirs» pour n'avoir pas publié le décret d'application de l'amendement dit «Creton» qu'il avait fait voter en 1989. Si cela a apporté une révolution pour les jeunes handicapés, généralement exclus des établissements à leur vingtième anniversaire; ça s'est transformé en casse-tête pour les centres d'accueil et les familles. Les infrastructures ne s'étant pas suffisamment améliorées, les centres pour enfants sont aujourd'hui saturés. Par ailleurs, nul ne sait vraiment à qui revient la prise en charge financière de ces jeunes adultes. (article de L'Express.fr).

Un décret très attendu

Par LEXPRESS.fr, publié le 13/06/2002

Voté en 1989, l'amendement Creton n'est toujours pas appliqué

Le comédien Michel Creton a déposé, le 1er juin, une requête devant le Conseil d'Etat. Il accuse l'Etat de «manquement à ses devoirs» pour n'avoir pas publié le décret d'application de l'amendement dit «Creton» qu'il avait fait voter en 1989. 

Ce texte stipule que la prise en charge des personnes handicapées doit se poursuivre tant que leur état le justifie, sans limite d'âge ou de durée. Autrement dit, un jeune handicapé qui ne trouve pas de place dans un établissement pour adultes peut être maintenu dans un établissement pour enfants, s'il y a séjourné auparavant. 

Une révolution pour les jeunes, généralement exclus des établissements à leur vingtième anniversaire; un casse-tête pour les centres d'accueil et les familles. Les infrastructures ne s'étant pas suffisamment améliorées, les centres pour enfants sont aujourd'hui saturés. Autre problème: à qui revient la prise en charge financière de ces jeunes adultes? Rien dans l'état actuel du texte de loi ne le précise clairement. Bref, pour les familles et les handicapés, l'absence de décret d'application de cet amendement rend parfois la situation très compliquée. 

D'autant plus que certains départements comme les Hauts-de-Seine ou les Vosges ont contesté avec succès ces nouvelles règles devant le Conseil d'Etat. «Mauvaise foi, rétorque Michel Creton. D'autres, comme l'Hérault, s'en sont très bien sortis. Tant qu'il n'y a pas d'obligation légale, tout le monde s'en lave les mains. Lorsque le décret sera publié, les structures devront suivre.» 

 

Aujourd'hui encore, rien n'a vraiment évolué. Jean-Marie Barbier, président de l’APF (Association des Paralysés de France) ajoute: « La situation est catastrophique. Nous constatons que les places en établissements pour adultes ne sont pas créées en nombre suffisant, obligeant les jeunes de plus de 20 ans à rester parfois plusieurs années dans des établissements pour enfants. Même si cet amendement rend service à certaines familles sans solutions, nous constatons qu'une mesure transitoire s'est transformée pour les pouvoirs publics en une solution à long terme.
Lors de l'adoption de l’amendement Creton en 1989, le gouvernement de l’époque avait insisté sur la nécessité de créer rapidement davantage de places pour les adultes. Presque vingt ans après, nous n'avons pas avancé dans ce domaine. (...) J’ai l’impression que ces milliers de jeunes ne représentent pas, pour les pouvoirs publics, des places à créer d'urgence, comme si cette solution pouvait perdurer puisqu'elle a le mérite d’exister. » (article de Declic.com Magazine du 14.04.2008)

Amendement Creton : où en est-on ? Version imprimable Suggérer par mail
14-04-2008
amendement Creton
L’amendement Creton aura 20 ans en 2009. Grâce à lui, des adultes peuvent être maintenus en établissements pour enfants si aucune alternative n'est trouvée. Jean-Marie Barbier, président de l’APF et Patrick Gohet, délégué interministériel aux personnes handicapées, reviennent sur cette mesure provisoire qui dure.


Jean-Marie Barbier, président de l’APF

Jean-Marie Barbier« La situation est catastrophique. Nous constatons que les places en établissements pour adultes ne sont pas créées en nombre suffisant, obligeant les jeunes de plus de 20 ans à rester parfois plusieurs années dans des établissements pour enfants. Même si cet amendement rend service à certaines familles sans solutions, nous constatons qu'une mesure transitoire s'est transformée pour les pouvoirs publics en une solution à long terme.

Lors de l'adoption de l’amendement Creton en 1989, le gouvernement de l’époque avait insisté sur la nécessité de créer rapidement davantage de places pour les adultes. Presque vingt ans après, nous n'avons pas avancé dans ce domaine.
Il reste toujours 5000 adultes accueillis jusqu’à 25 ans, parfois plus, dans des lieux de prise en charge inadaptés à leur âge et à leurs besoins. J’ai l’impression que ces milliers de jeunes ne représentent pas, pour les pouvoirs publics, des places à créer d'urgence, comme si cette solution pouvait perdurer puisqu'elle a le mérite d’exister. »

Pourtant, il faut dire avec force qu'un adulte de 25 ans ou 30 ans ne peut pas s'épanouir dans un établissement pour enfants parce que ce n’est pas sa place. Par ailleurs, en y laissant ces jeunes, on empêche les plus petits d’entrer. Enfin, les personnels formés à l’accueil et aux soins des enfants ne savent pas nécessairement s'occuper d'adultes. Nous demandons de façon urgente que soient créées rapidement davantage de places dans les établissements pour adultes ».

Patrick Gohet, délégué interministériel aux personnes handicapées

Patrick Gohet« Malgré le caractère provisoire imaginé à la fin des années 1980 pour l’amendement Creton, il est utile dans bien des cas et il serait inopportun d’envisager de le supprimer. En revanche, il doit être considéré comme une solution transitoire, destinée à éviter que ces jeunes adultes restent sans solution correspondant à leurs besoins. Chaque année, de nouvelles places sont créées, mais la vie en établissement pour adultes n’est pas la solution adaptée à tous. Les modes de prise en charge peuvent être multiples, en fonction des besoins qui peuvent évoluer, lorsque l’état s’aggrave et que le milieu protégé doit être privilégié ou lorsqu’il s’améliore et permet un retour en milieu ordinaire.

Les associations et les parents craignent que les jeunes restent dans les établissements pour enfants trop longtemps et qu’on les oublie. Certains se retrouvent dans cette situation et l’implication de tous les acteurs du handicap (notamment celle des MDPH) est alors nécessaire pour en sortir.

Les situations de chacun doivent être analysées finement. Pour être encore plus efficaces, les MDPH doivent travailler avec d’autres acteurs comme les centres ressources (surdité, autisme, emploi…), les conseils départementaux consultatifs des personnes handicapées… L’objectif est de faire remonter toutes les informations concernant les besoins réels pour prendre les bonnes décisions et éviter à ces jeunes un temps d’attente trop long. »

Quelques chiffres

Selon la Direction générale de l’action sociale (DGAS), les montants alloués par le gouvernement en 2008 pour la création de places supplémentaires dans les établissements médico-sociaux pour personnes handicapées s’élèvent à 78,7 millions d’euros pour les enfants et adolescents et 153,7 millions d’euros pour les adultes. La DGAS rappelle le contexte actuel :
- 5000 jeunes de plus de 20 ans sont maintenus dans les établissements pour enfants et adolescents faute de place disponibles dans les établissements pour adultes (entre 15 000 et 17 000 adolescents sont également sur listes d’attente). 

Concrètement, ce budget devrait permettre la création de 7 625 places supplémentaires dans les établissements et services accueillants des personnes handicapées (2 250 places pour les enfants et les adolescents, 5375 places pour les adultes).

Propos recueillis par Isabelle Malo

 

 

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Date de dernière mise à jour : Vendredi 06 Janvier 2012

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