Ethique et Polyhandicap UNESCO 8 Juin 2010

OUVERTURE DE LA JOURNEE

     Ethique et Polyhandicap

Groupe Polyhandicap France

 

 

 

 

EMMANUEL HIRSCH
Professeur des Universités, Directeur de l'espace éthique
AP-HP et du département de recherche en éthique, Université
Paris-sud 11

 

Merci à Monique RONGIERES et à celles et ceux qui ont rendu possible cette rencontre. Je tiens d'emblée à rendre hommage aux familles et aux professionnels engagés sur le terrain et j'imagine que les philosophes présents aujourd’hui diront comme moi tout le respect et toute l'estime qu'ils ont pour l'engagement dans la cité de ces personnes souvent rares.


Que, dans cette journée, vous retrouviez la force d'une véritable reconnaissance sociale, l'UNESCO est d'ailleurs un lieu symbolique pour organiser une manifestation de cette nature, et ayez le sentiment, quand vous rentrerez ce soir dans vos provinces, que vous êtes moins seuls, mieux compris et que certains intellectuels, qui quelquefois « phosphorent » dans leurs cabinets, ont une attention particulière pour ce que vous représentez. On l'a vu à travers les échanges qui nous ont rassemblés cette année et qu'on va poursuivre l'année prochaine, il est, pour nous, très précieux d'être confrontés à ces réalités que vous savez restituer avec d'autant plus de compétences et de valeurs que c'est votre quotidien.


Quelques éléments que m'inspire l'idée de cette rencontre aujourd'hui : vulnérabilité, autonomie, souci d'autrui, reconnaissance de l'autre… Vous avez reconnu les grands items qui vont être abordés aujourd’hui.


Lorsque le polyhandicap soumet notre conscience éthique aux questions les plus fortes, nos réponses s'imposent en termes de responsabilité politique. On ne peut davantage se satisfaire de considérations simplement compassionnelles ou bienveillantes. L'engagement des familles, des professionnels et membres d'associations auprès de personnes affectées de handicaps, qui entravent leur existence, s'exprime et s'impose à la fois comme un acte éthique et comme une implication politique au sein de notre cité même si, trop souvent, c'est à ces marges, à ces extrêmes que sont incarnés les enjeux essentiels, ceux qui déterminent la valeur de nos attachements au principe de la démocratie, vous, en l'occurrence, sont investis d'une fonction, d'une mission exceptionnelle, celle de nous signifier, en pratique, au plus près des réalités de l'humain, où se situent nos obligations, comment les comprendre et les partager afin d'être ensemble à la hauteur de défis qui engagent l'idée même d'humanité.


Avec le G.P.F., nous avons décidé d'aller plus avant dans la saisie de la part insoupçonnée, parfois intime, du sens éthique de ces présences, vos présences attentionnées auprès de personnes polyhandicapées.

Au-delà des énigmes et des déroutes de relations humaines d'une qualité et d'une densité rares, au-delà de pratiques professionnelles soucieuses de l'autre dans sa vérité et ses droits, il nous faut affronter avec lucidité, le difficile d'un quotidien complexe. Il en appelle à un sursaut de solidarité sociale, à une exigence revendicatrice là où l'on constate trop souvent l'insuffisance des moyens, la précarité pour ne pas dire la précarisation des conditions de vie, la saturation et la désespérance des intervenants peu reconnus et respectés dans la signification de leur mission assurée au nom d'une cité trop souvent indifférente, voire méprisante à leur égard.


Nous ne pouvons pas pour autant nous satisfaire de constats péjoratifs, de l'inventaire des carences et des manquements, qui parfois dénaturent le sens d'une présence aimante ou d'une conscience professionnelle qui s'épuise dans l'impuissance à tout faire au mieux du possible.


Le souci éthique de l'autre plus demandeur de fraternité, de sollicitude du fait même de sa faiblesse ne peut que nous inciter à repenser sans relâche les modalités de nos implications à ses côtés, auprès de lui, au service de sa cause.


C'est dans cet esprit que nous sommes réunis et peut-être tout simplement unis à l'UNESCO aujourd'hui.


Ensemble, nous allons consacrer ce temps partagé non seulement à penser une éthique suffisamment inspirée et résolue pour que nos devoirs sociaux soient honorés auprès de celles et ceux qui en éprouvent le plus grand besoin sans parfois même être en capacité de l'exprimer mais plus encore pour affirmer, en des termes politiques, un appel à des choix et des engagements les plus convaincants de la part d'une cité consciente de ses devoirs à l'égard de ses membres dont j'estime qu'ils sont parmi les plus dignes d'une considération qui leur est discutée, voire refusée.

 

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Dernière mise à jour de cette page le 21/06/2010