Je regarde ton âme

 

 

 

Je regarde ton âme,

 

Aujourd'hui, ton papa a un nouvel ami, le temps. Autrefois bien sûr je te voyais souvent, je te regardais de temps en temps.
Maintenant je te regarde tout le temps, tout mon temps. Je pense que pour changer le regard des autres il faut comprendre son propre regard.

 

Nous avons voulu ouvrir une fenêtre sur ton monde pour te permettre d'inviter tes amis chez toi, comme tout le monde, comme une personne normale dans sa vie de tous les jours.
Ces visites permettent de te voir, mais comment te regarder ?

Sur ces images on voit une personne jolie, un petit bout de femme à la vie lente et douce, mystérieuse......
Tes gestes sont élégants et tu bouges comme une petite danseuse balinaise, tu as l'air d'exprimer quelque chose, mais quoi et comment ?

De temps en temps tu ouvres bien tes yeux, un regard expressif, qui ne se voit pas à la caméra, ouvert sur un monde inconnu de beaucoup. Dans ces moments là, tu as l'âme au bord de tes paupières.
Ce regard, on le reconnaît chez beaucoup de tes amis comme toi, il dit beaucoup de choses, il dit aussi que lui seul ne suffit pas, et qu'il faut apprendre le langage de tes gestes, de ton corps, de tes expressions orales, de tes attitudes, de ton comportement selon l'heure et le jour.
Mais au fait, comme pour tout le monde, dans la vie de tous les jours.

Ton image est celle d'un petit être doux, innocent, calme, trop calme ? Au premier regard, tu as l'air de n'avoir rien à dire comme l'a écrit le papa d'enfants comme toi. Que penses-tu ? Que ressens-tu ? Que veux-tu exprimer ? Que se passe-t-il au fond de ton petit cerveau en court circuit permanent ? Comment perçois-tu la vie autour de toi ? Quelles sont tes émotions, tes sentiments ?

Que de questions quand on regarde des personnes comme toi, différentes de nous....si éloignées ?

Pas si sûr après tout !

Tu nous est « étrangère » et tu suscites chez beaucoup la même réaction qu'ils ont devant ce que l'on ne comprend pas, qui est inconnu : la peur de l'autre !

Devant un étranger, on peut le rejeter, l'ignorer, ou bien essayer de comprendre sa culture, ses valeurs, son langage, sa différence...............

Tu es un être humain, sans ce trop humain qui donne parfois à l'homme sa face obscure. Toi tu es plus humaine que la norme, sans artifice, sans masque, sans malveillance, sans ce que certains appellent le péché originel qui ne t'a pas touchée, car tu as pris une voie différente, et pour cela tu es rejetée, peut être par mauvaise conscience, par malaise devant l' étrange.

Il est bien sûr plus facile de te dénier ta place dans la société, ou bien de t'en donner une qui ne soit pas trop exposée, facile à accepter, et de penser à toi de temps en temps, pour ressentir cette sensation apaisante du devoir accompli, une ou plusieurs fois par an, pour pouvoir passer à autre chose : après tout on ne peut pas penser au malheur tout le temps !

Au malheur, mais existe-t-il pour vous les « personnes autrement capables » ?

Pour les familles le malheur existe au début, avant la phase de deuil, et de résilience, pour ceux qui y arrivent. Pour vous aussi les personnes différentes au début quand votre esprit est suffisamment présent pour avoir conscience du mauvais tour que le sort vous a fait.

Mais après, pour vous et pour vos familles qui ont pu accomplir le chemin vers une reconstruction nécessaire, contrairement à ce que pensent beaucoup, le malheur n'est plus le ressenti quotidien, en tout cas pas plus que beaucoup de personnes ou familles « normales ».

Le handicap devient le quotidien et une part seulement de la vie, et non la vie, la vôtre ou la nôtre qui la partageons.

Alors, cela veut dire que vous et nous sommes entrés dans une autre phase, celle où l'on peut se regarder comme tout le monde, car on a cheminé ensemble et appris à se connaître soi même et vous même.

Maintenant il est temps de parler du regard, car pour le commun le chemin a été différent et il est compréhensible qu'il ne soit pas en mesure de regarder avec les mêmes yeux.

Que faut-il voir et comment ?

Je vais parler de toi, mais cela peut s'appliquer à tous ceux qui comme toi sont extraordinaires, et que j'ai pu rencontrer souvent autour de moi.

Tu es un petit être au sens philosophique du terme, qui existe et qui vit dans un monde pas si éloigné de nous, miroir souvent de notre âme, et que nous ne voulons pas voir.

Il émane de vous une sérénité, un calme, une douceur, même pour ceux qui paraissent agités et violents, un mystère, une poésie, une élégance qui attirent, comme vers un monde inconnu étrange et qui fait un peu peur.
Vous possédez un savoir que nous n'avons pas, une perception des choses qui nous est interdite, car nous sommes aveugles dans ce domaine.

Il nous faut donc apprendre, pour pouvoir être initiés, et accéder à votre connaissance.

Quoi de plus simple de te regarder au quotidien :

- Je te regarde quand tu dors le matin, où matinal, j'arrive dans ta chambre, mon bureau se trouve au pied de ton lit. Tu as spontanément des attitudes très gracieuses, avec tes petites mains jointes ou un petit poing sous ta joue. Souvent tu m'entends et avec de petits gazouillis tu me dis que tu sais que je suis là.
- Je te regarde te réveiller avec des gestes lents de petite danseuse, en exprimant la langueur du sommeil dont tu sors à peine, tes petits bruits expriment ta détente comme tout un chacun le matin.
- Je te regarde quand tu attends ton petit déjeuner et que tu exprimes ton impatience en tendant le bras droit pour qu'on te lève.
- Je te regarde quand ta maman te câline avant de s'occuper de toi et que tu fermes les yeux de plaisir ou dis le seul mot que tu prononces « maman ».
- Je te regarde quand tu te défends pendant ta toilette car tu m'aimes pas le gant sur ton visage et repousses avec un geste lent la main qui te soigne.
- Je te regarde quand impatiente tu signifies que les soins ont assez duré et que tu essaies de te redresser et tendre le bras pour le retour dans ton lit.
- Je te regarde quand tu essaies de t'endormir le matin et tu ne trouves pas ta place de confort, et que l'on t'aide parfois un peu.
- Je te regarde quand tu émets tes petits bruits si on te fait des bisous et que tu apprécies.
- Je te regarde quand de méchantes crises arrivent sans prévenir et crispent ton corps, à la fin notre réconfort a du mal à réprimer ton angoisse et ton incompréhension.
- Je te regarde quand épuisée tu geins doucement en récupérant des affres de ces instants cruels.
- Je te regarde impuissant devant ce sort injuste, auquel on ne s'habitue jamais.
- Je te regarde quand enfin tu t'endors épuisée.
- Je te regarde quand tu observes ton entourage avec un air étonné et interrogateur.
- Je te regarde ressentir l'ambiance de ton entourage, auquel tu réagis.
- Je te regarde sourire si tu es heureuse.
- Je te regarde pleurer si tu as un gros chagrin, dont l'origine est souvent mystérieuse.
- Je te regarde pleurer si tu as mal et que l'on cherche à savoir où et pourquoi avant de te soigner.
- Je te regarde quand tu écoutes des mélodies et que cela te plais, tu ouvres grands tes yeux et on peut voir la même magie que dans tous ceux qui sont sous le charme de cette douce illusion qu'est la musique.
- Je te regarde quand tu veux être au calme et que tu te détournes et cherches à t'isoler entre tes doudous.
- Je te regarde quand tu découvres étonnée ton petit monde illuminé de couleurs multiples que l'on allume pour te stimuler un peu certains jours. Ton âme simple et innocente s'émerveille des couleurs et des sons, tes yeux grands ouverts témoignent de ton émotion.
- Je te regarde quand tu explores ton petit monde libre de tes mouvements et que grâce à ta souplesse tu prends des poses gracieuses et décontractées, innocente des aprioris de postures qui te sont inconnus.
- Je te regarde quand on te câline et que tu apprécies en te laissant faire ou bien en nous repoussant quand ce n'est pas le moment pour toi.
- Je te regarde quand le soir tu cherches le sommeil et que ma présence te gênes, tu vas alors par tes pleurs ou tes agitations me signifier que je suis de trop, je libère alors la place bien volontiers.
- Je te regarde enfin quand tu as trouvé le sommeil souvent dans des postures acrobatiques et que l'on remet un peu d'ordre dans ton petit monde en te préparant à la nuit, qui s'annonce douce pour toi.

Ta journée s'achève et tu l'as vécue à ta façon qui est pour nous aussi pleine d'échanges que celle de n'importe qui.

Bien sûr la petite lucarne que l'on t'a ouverte sur le monde est bien trop petite pour laisser passer assez de lumière de ta petite vie si riche pour celui qui a appris ton langage.

Elle n'est qu'un petit reflet de ta belle âme, bien plus passionnante que les gesticulations insignifiantes en pleine lumière de certaines personnes dites « normales ».


                                                                                                                   Ton papa.

 

Dernière mise à jour de cette page le 04/07/2010