Pour Anne

  

  

 

Fond Sonore

                    

 

                  ANNE

 

 

          Il suffisait de presque rien….. !

         Ce presque rien, ce je ne sais quoi, qui font toute la différence, qui impliquent « la normalité ».

         Depuis combien de jours étais-tu lovée, bien au chaud au creux de mon nid quand se produisit la catastrophe ? Pas plus de vingt !

 

         Tu étais déjà en marge !

 

         Tu es née un neuf Mai, en ce joli mois de Marie où s’épanouit le muguet appelé « Fleur du Paradis » et où le printemps colore nos prairies de boutons d’or, de marguerites et d’aubriettes.

         Ici, les abeilles doucement se réveillent, là, les gros bourdons résonnent et boivent aux calices des fleurs ; la nature toute entière participe à cet élan de renaissance, à ce besoin de s’ouvrir pour éclater en déferlantes.

 

          Tu es du signe du taureau, tu en as la détermination ou plutôt l’entêtement, l’entêtement à vivre envers et contre tout…et tous !

           Cette pugnacité, cette farouche envie de vivre, malgré ton air désabusé, ton air de ne pas y croire vraiment, tu joues la détachée, mais c’est pour mieux t’accrocher. Les médecins t’avaient donné une espérance de vie de cinq ou six ans…..aujourd’hui, tu as trente deux ans !

 

           A ta naissance certains t’appelèrent « La Tonkinoise » ; pour moi tu es « Doudou » et tes petites singularités me sont devenues familières. Petit à petit, il a fallu faire connaissance, t’apprendre, reconnaître tes signaux, te respecter avec tes différences. 

  

           Voilà donc trente deux ans que je t’accompagne chaque jour ; j’ai un peu l’impression de te mettre au monde chaque matin. Si tu as transformé ma vie, tu as aussi transformé ma personnalité. Pour toi, il faut que je puise l’énergie nécessaire. Tu m’obliges à aller jusqu’au bout de moi, jusqu’à des extrémités dont je ne me serais jamais crue capable, dont je ne soupçonnais même pas l’existence.

  

           C’est merveilleux de regarder ton sourire éclore aux coins de tes lèvres avec l’approbation presque lointaine, mais bien présente de tes yeux dont l’angle aigu donne ce regard de biais qui s’illumine de coquetterie lorsque tu souris.

 

             Aujourd’hui, nous rions souvent ensemble en une connivence spontanée où le don de toi est total : tes mains, tes bras, tes jambes s’agitent en autant de fusées dans une excitation ultime qui se termine en feu d’artifice.

 

             Que dire de ton langage ?

             Il est des plus succincts : « Maman ».

             S’il fallait évaluer toute la dose d’amour qui passe dans ce seul et simple mot, j’aurais bien du mal, tant il me semble qu’il contient, justement, tout l’amour du monde.

             Il est le commencement et la fin, et bien qu’unique il paraît infini.

 

             J’ai aussi appris à écouter ta respiration. Comme elle devient ample et régulière lorsque je pose ma tête tout contre la tienne en un interminable câlin ; c’est pour toi le bien être absolu, le calme retrouvé, la symbiose. Comme elle se fait courte et saccadée lorsque tu vas t’énerver ; à ce moment là, les pleurs sont presque incontournables.

             J’aime t’écouter respirer.

 

            Cette lettre est mon cadeau d’anniversaire, j’y ai mis tout mon cœur, mêlé de quelques larmes.

            Sois longtemps encore ma « Fleur du Paradis », dans ce petit monde douillet et délicat que je t’ai aidé à construire ; accorde moi la faveur d’y pénétrer de temps à autre, avec délicatesse et pudeur puisque par dessus tout, tu as horreur que l’on t’oblige.

             Sois rassurée, je suis discrète et à l’écoute.

 

            Nous aurons encore beaucoup d’amour à partager, par delà ton innocence, car au paradis, on ne séjourne jamais seul !

            A demain, petite Anne………

 

 

Ta Maman.

 

 

La Réponse d'Anne

 

 

 

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Dernière mise à jour de cette page le 04/07/2010